DOSSIER MODE DURABLE

Été 2026 – VOL. 24, N° 2

Mode circulaire :

faire mieux, sans culpabiliser

Par Emmanuelle Gril

La garde-robe parfaite n’existe pas, mais de meilleurs réflexes, oui. Marie-Agnès Parmentier (M. Sc. en marketing 2004), professeure titulaire au Département de marketing de HEC Montréal, observe 2 gestes accessibles pour réduire l’empreinte environnementale de la mode : prolonger la vie des vêtements et privilégier la seconde main. Des tendances qui ont le vent dans les voiles, en particulier auprès des jeunes générations.

Alors que les dépotoirs et les centres de dons débordent de textiles usagés, la mode circulaire gagne du terrain. « Le principe consiste à maintenir la matière ou le vêtement en circulation pour éviter qu’il ne finisse à la poubelle », explique Marie-Agnès Parmentier. Voici quelques pistes concrètes pour passer à l’action.

Donner une deuxième vie

Parmi les options possibles, le surcyclage arrive en tête. Il consiste à modifier un vêtement – transformer un pantalon en bermuda, par exemple – ou à lui apporter une touche de neuf en remplaçant les boutons, en ajoutant des nœuds ou de la dentelle, etc.

Mais parfois, le désir de porter quelque chose de nouveau prend le dessus. C’est là que le vaste réseau des friperies entre dans la danse. Qu’elles reposent sur un modèle commercial, des organismes sans but lucratif ou des œuvres caritatives, elles sont bien présentes dans le paysage de la mode. Celles en ligne se multiplient, comme La Penderie du Paradis, Poshmark et Kapara, entre autres.

Les boutiques de dépôt-vente et de mise en consignation constituent une solution de rechange, ou encore les sites de revente bien connus, comme Marketplace et eBay, sans oublier les sites et magasins spécialisés dans les produits usagés de luxe et de designers, tels que RUSE et The RealReal. Enfin, les clubs d’échange (swapping) s’appuient sur le troc de vêtements entre membres, moyennant des frais d’adhésion.

Marie-Agnès Parmentier constate que, si le marché de la revente a longtemps souffert du marqueur de pauvreté qu’il pouvait représenter aux yeux des consommatrices et consommateurs, cette perception s’estompe grandement. Après des années de vaches maigres, la sphère de la seconde main connaît un regain de popularité, porté par les jeunes et l’essor des univers streetwear et vintage.

Autre indice que le vent tourne en faveur du réemploi : un centre commercial de 80 000 pi2 ouvrira ses portes à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, et abritera une vingtaine de magasins de produits de seconde main (vêtements, meubles, électroménagers, articles de sport, etc.). Ce projet lancé par Tricentris, la coop et inspiré de Retuna – un pionnier dans le domaine en Suède – devrait voir le jour au premier trimestre de 2027.

Éviter la culpabilisation

Si la prise de conscience et l’exploration d’autres voies sont la clé pour ralentir la consommation de vêtements, Marie-Agnès Parmentier invite cependant à ne pas sombrer dans la culpabilisation. « Pour mettre de la variété dans notre garde-robe, le réemploi reste un bon réflexe, mais gardons en tête que la perfection est difficile à atteindre, alors essayons surtout de faire notre possible. »

Bien que l’ultra fast fashion constitue un fléau qu’il vaut mieux éviter, s’offrir un vêtement neuf à l’occasion ne fait pas de quiconque une pollueuse ou un pollueur sauvage. Les marques de prêt-à-porter de masse (H&M, Zara, etc.) correspondent d’ailleurs au budget de la grande majorité de la population. En ce sens, elles représentent un moindre mal que les Shein et Temu de ce monde.