Impossible de fermer les yeux
Impossible de fermer les yeux
Par Geneviève Raymond
Rédactrice en chef
HEC Mag
J’ai grandi dans l’univers de la mode. Ma mère y travaillait. Aujourd’hui, ma garde-robe déborde. J’ai beaucoup trop de bonheur à acheter des vêtements. Une dose de dopamine quand je suis stressée ou lorsque j’ai envie de me faire plaisir.
Mais une question demeure : ai-je vraiment besoin d’autant de robes, de jeans ou de leggings? Avec le temps, j’ai eu les moyens de m’offrir des vêtements de qualité supérieure – fabriqués ici ou dans de meilleures conditions –, et j’ai cessé de fréquenter les enseignes de fast fashion. Reste que ces choix ne sont pas accessibles à tout le monde.
Et les chiffres rattrapent vite la bonne conscience. Chaque seconde, sur la Terre, l’équivalent d’un camion de vêtements est jeté ou brûlé. Et difficile d’ignorer ces dépotoirs textiles dans le désert, si vastes qu’ils sont visibles depuis l’espace.
Alors, que faire : arrêter de consommer, changer nos habitudes, fermer les yeux? Dans cette édition de HEC Mag, nous explorons des pistes : réparer, réutiliser, repenser les matériaux. Bref, consommer moins, mais mieux.
Ce que les chiffres nous forcent à voir
La mode n’est pas la seule industrie à devoir se réinventer. Encore en construction, le milieu canadien du sport professionnel féminin cherche lui aussi son équilibre. Longtemps sous-financé et perçu comme un marché de niche, il prend aujourd’hui un véritable virage. En 2 ans, il est passé de 150 M$ à près de 400 M$. De nouvelles équipes émergent – la Victoire et les Roses de Montréal, le Tempo de Toronto – et changent la donne. Mais derrière cette progression, il n’y a pas que l’enjeu de l’équité. Comme souvent, il y a aussi une question d’argent.
On n’y échappe pas : l’argent reste au cœur de bien des débats. Dans ce numéro, notre chroniqueur invité, l’économiste Simon Savard (M. Sc. en économie appliquée 2016), s’intéresse au pouvoir d’achat. Et le portrait est plus nuancé qu’on pourrait le croire. Oui, il a augmenté pour la majorité de la population, même si plusieurs ont le sentiment de s’appauvrir. Mais de 2022 à 2025, le revenu disponible ajusté à l’inflation a bel et bien reculé chez 20 % des ménages les moins nantis.
Cela explique sans doute en partie pourquoi 1 personne sur 5 vit de l’insécurité alimentaire au Québec. Longtemps, les banques alimentaires ont servi de filet de sécurité temporaire, en cas de perte d’emploi, de séparation ou de maladie. Aujourd’hui, de plus en plus d’individus y ont recours à longueur d’année. Parmi eux, des travailleuses et travailleurs, des étudiantes et étudiants, mais également des enfants.
Une réalité qui rappelle brutalement que, derrière les moyennes et les discours économiques, il y a aussi des gens qui peinent à se nourrir. D’un article à l’autre, ce numéro met en lumière des personnes qui refusent de détourner le regard et qui cherchent, concrètement, à faire bouger les choses.
Bonne lecture!



