10 questions à…
10 questions à…
François Colbert
Par Isabelle Giguère
Figure marquante de l’École et du milieu culturel depuis plus de 50 ans, François Colbert a fait de HEC Montréal un incontournable de la recherche et de la formation en gestion des arts tant au Québec qu’à l’étranger. Les contributions de ce visionnaire sont si nombreuses que l’Association internationale de management des arts et de la culture a créé, en mai 2025, un prix en son nom. Et sa passion est si grande que le professeur titulaire au Département de marketing commence à peine à ralentir la cadence, à l’aube de ses 78 ans.
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Comment votre entourage aurait-il décrit votre personnalité à l’adolescence?
Comme quelqu’un de travaillant, qui ne prend pas le temps de jouir de la vie, et parfois colérique. Ma thérapie a été de suivre des cours de karaté pendant 2 ans, 3 fois par semaine. Je me suis toujours investi totalement dans tous les sports que j’ai pratiqués, et je les ai à peu près tous essayés.
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Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt pour l’enseignement?
Je dois avouer que devenir professeur était la dernière chose que j’aurais pensé faire comme carrière. J’adore apprendre, mais je n’aimais pas tant l’école, sauf lorsque la professeure ou le professeur était intéressant. Une personne marquante dans ma vie fut d’ailleurs mon défunt collègue Pierre Lefrançois : c’est grâce à son cours d’introduction au marketing au baccalauréat que je suis tombé amoureux de ce domaine, et il m’a d’ailleurs recruté à HEC Montréal. Quand j’ai commencé l’enseignement, je pensais faire ça 1 an ou 2 pour l’expérience, et me voilà encore là, 52 ans plus tard!
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Auriez-vous voulu être un artiste?
Enseigner, c’est comme faire du théâtre. On a un script, un public, et il faut capter son attention. Dans ma jeunesse, j’ai fait beaucoup de théâtre amateur et pensé suivre cette voie, jusqu’à ce que je me rende compte que j’avais naturellement du leadership. J’ai été cadet de l’air de 1964 à 1967 et terminé commandant de mon escadrille. J’ai adoré chaque minute! Pour payer mes études à HEC Montréal, j’ai travaillé à temps partiel au cinéma Élysée. Six mois plus tard, j’étais nommé directeur adjoint. Aussi, je joue – ou j’ai joué – de 4 instruments : la flûte à bec, le saxophone, la clarinette et le piano, que j’ai commencé à apprendre à 59 ans. Ma femme aime m’entendre jouer, même si je fais parfois de fausses notes!
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À quel moment avez-vous su que vous vouliez travailler à la croisée des chemins entre art et marketing?
En 1975, alors que j’étais un jeune professeur de marketing, le directeur du département, Claude Choquette, m’a proposé d’aller à un congrès sur le management des arts, à Banff. J’y ai rencontré des membres du Conseil des arts du Canada – qui m’ont offert par la suite de donner un séminaire – ainsi que Jacqueline Lemieux, qui venait de fonder sa compagnie de danse et qui m’a demandé de l’aider. Même chose pour mon meilleur ami André Viens, qui lançait le Théâtre Sans Fil à la même époque. En 1977, j’organisais à HEC Montréal mon premier séminaire sur le marketing du théâtre.
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Quels spectacles culturels ont le plus marqué votre esprit?
Il y en a plusieurs : O du Cirque du Soleil, que j’ai vu à 2 reprises, Anastasia du Ballet national d’Ukraine, la première fois que j’ai assisté à la performance d’un pianiste interprétant Moonlight Sonata de Beethoven et une pièce de théâtre au Palais des papes, à Avignon. Pourquoi? Parce ce que c’était immensément imaginatif, joué avec brio et émouvant – je suis un grand sentimental, paraît-il!
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Quel personnage historique auriez-vous aimé rencontrer?
Sans hésitation, Jules César. Je suis un passionné d’histoire, en particulier de l’époque romaine. Mon passe-temps favori est de lire des romans historiques. D’ailleurs, j’ai réussi mes cours de latin parce que 40 % du contenu avait trait à l’histoire romaine!
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De quoi êtes-vous le plus fier?
De mes ailes de pilote d’avion [formation de base en pilotage], obtenues quand j’étais cadet de l’air, de ma médaille de l’Ordre du Canada et surtout d’avoir positionné HEC Montréal comme la référence en gestion des arts et de la culture au niveau international. Nous avons la conférence, la revue, les programmes… Et mon livre, Le marketing des arts et de la culture, est maintenant traduit en 16 langues. (D’ailleurs, je l’ai écrit en 5 semaines, pendant mes vacances, en 1993.) Tout cela fait rayonner l’École, qui est un endroit magnifique pour travailler. Je pense être la seule personne à avoir étudié ou enseigné dans les 4 édifices de HEC Montréal!
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Vos idées ont-elles toujours fait l’unanimité?
Pour chaque projet que j’ai lancé, des gens me disaient que ça ne fonctionnerait pas. Pourtant, pour la première cohorte du DESS en gestion des organismes culturels, on a eu 130 demandes d’admission pour 30 places. La dernière Conférence internationale sur le management des arts et de la culture, à Lisbonne, a accueilli 400 personnes. La revue [International Journal of Arts Management] est publiée depuis 25 ans. Je dois aussi ajouter que j’ai eu le soutien de tous les directeurs de l’École dans mes projets, et c’est tout ce dont j’avais besoin pour me lancer.
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À quoi ressemble votre retraite idéale?
Je ne sais pas, et ça m’inquiète. Je ne suis pas fait pour la retraite. Je suis habitué à gérer et à partir des projets. En même temps, pourquoi prendrais-je ma retraite? J’aime ce que je fais et je suis payé pour ça! Mais j’ai moins d’énergie qu’avant. Je voyage beaucoup professionnellement, et le décalage horaire commence à être un peu plus difficile. Je laisse quelques responsabilités tranquillement pour essayer de ne plus travailler 7 jours sur 7. Cette année est ma dernière comme titulaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux. Je me donne environ 3 ans encore avant la retraite.
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Y a-t-il d’autres révélations sur vous qui pourraient nous surprendre?
Mon vrai nom est plutôt Francis Culbert sur mon baptistaire. Après le mariage de mes parents, tous 2 natifs de Trois-Rivières, ils ont déménagé en Ontario, et ma mère était persuadée qu’ils y resteraient pour le reste de leur vie, d’où le prénom à consonance plus anglophone, reçu à ma naissance. Ils sont revenus au Québec après 3 ans. Tous les Colbert ont la même souche, soit les Culbert du clan des Aylmer, dans le nord de l’Angleterre. C’est mon arrière-grand-père qui a changé le nom de famille pour Colbert.
Minibio
- Né le 8 avril 1948, à Elmira (Ontario)
- 2 frères et 1 sœur
- Marié et père de 3 garçons
- Formations :
- B.A.A. 1972, MBA 1973 et M. Sc. en gestion 1983, HEC Montréal
- Titres (liste non exhaustive) :
- Professeur titulaire au Département de marketing
- Titulaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux
- Créateur du DESS en gestion des organismes culturels et de la maîtrise en management des entreprises culturelles
- Fondateur du Master of Management in International Arts Management avec 5 partenaires à Beijing, Bogota, Dallas, Milan, Montréal
- Président fondateur de la Conférence internationale sur le management des arts et de la culture
- Fondateur et rédacteur en chef de l’International Journal of Arts Management
- Principales distinctions :
- Sanjiadan World Outstanding Scholar Award of Creative Management de l’Université du Sichuan (2020)
- International Master par le ministère de la Science et de la Technologie de la Chine (2018)
- Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II (2013)
- Membre de la Société royale du Canada (2005) et de l’Ordre du Canada (2002)




