Printemps 2024 – VOL. 22, N° 2

Transformer l’Afrique au féminin

Par Julie Roy

Favoriser l’essor des sociétés est un long processus qui requiert le dévouement de nombreuses personnes. Trois diplômées de HEC Montréal – Annie Kouame Lawson, Nouzha Alaoui et Aminata Maiga – s’y consacrent au quotidien en Afrique. Portraits et parcours de femmes de terrain.

La boussole des PME

« Il faut développer l’Afrique », affirme sans détour Annie Kouame Lawson (M. Sc. en finance 2005). C’est d’ailleurs la mission qu’elle porte à titre de leader de croissance pour Entrepreneurial Solutions Partners (ESP). Établie en Côte d’Ivoire et au Rwanda, cette organisation accompagne autant les gouvernements et les institutions sur les questions de développement du secteur privé que les entreprises à chaque étape de leur croissance. « Mon travail consiste à les soutenir pour répondre aux enjeux qui se posent. En gros, je sers de boussole entrepreneuriale. »

Elle donne l’exemple d’une entreprise qui voudrait se lancer en tourisme. « Parfois, les idées sont bonnes, mais le plan d’affaires doit être ajusté pour réussir. Ce n’est pas parce qu’un projet fonctionne ailleurs sur le continent africain qu’il en sera de même en Côte d’Ivoire. », explique celle qui a travaillé 12 ans à HEC Montréal avant de retourner dans son pays natal.

Partie de la Côte d’Ivoire à 17 ans pour poursuivre ses études en France, Annie Kouame Lawson a eu le bonheur de grandir dans une famille qui valorise l’éducation sans distinction de genre. « C’est mon père qui a trouvé le Centre d’études franco-américain de management à Lyon. Ensuite, j’ai continué ma route aux États-Unis, jusqu’au 11 septembre 2001… »

La professionnelle admet toutefois que toutes n’ont pas cette chance. Dans les villages africains, bon nombre de fillettes ne sont toujours pas considérées socialement. Les femmes sont donc confrontées à divers obstacles dans le monde entrepreneurial. « Les données sont difficiles à chiffrer parce qu’elles ne sont pas colligées, mais on sait qu’environ 55 % des adolescentes en Côte d’Ivoire terminent leur premier cycle du secondaire. Dans les cycles supérieurs, elles se font beaucoup plus rares. » Pour Annie Kouame Lawson, il ne fait aucun doute que le combat doit continuer pour atteindre une plus grande équité.

C’est pourquoi, au quotidien, elle s’assure de l’incidence positive des projets qu’elle soutient. « Le client doit prendre en considération la dimension sociale et de genre. Ainsi, nous n’aspirons pas qu’à créer des emplois : les femmes doivent aussi en faire partie, précise-t-elle. Il y a d’ailleurs un peu de HEC Montréal et du Québec dans cette stratégie de développement, car ce sont des pratiques qui m’y ont été transmises. »

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Annie Kouame Lawson

Contribuer à l’élan du Maroc

Du monde des affaires à l’immobilier en passant par les télécommunications et l’éducation, le parcours professionnel de Nouzha Alaoui (B.A.A. 2005) est loin de s’être effectué en ligne droite. À ce cheminement atypique s’ajoute une touche internationale, puisque cette Marocaine a décroché des diplômes en France, en Angleterre et au Québec. « Mes parents, qui ont fait des études supérieures, m’ont encouragée dans cette voie, raconte-t-elle. C’est d’ailleurs lors d’un salon à Paris que j’ai découvert HEC Montréal et décidé d’y poursuivre mes études. »

Jusqu’à tout récemment, Nouzha Alaoui occupait le poste de directrice administrative et financière à l’Université internationale de Rabat. « L’éducation est pour moi un secteur noble et un vecteur de développement important pour le pays », souligne-t-elle. Humble au sujet de son apport à cet établissement, elle raconte avoir contribué à la réorganisation de sa direction au cours des trois années qu’elle y a consacrées.

Elle a aussi renforcé les dispositifs de contrôle interne, numérisé les processus comptables, piloté une convention de prêts étudiants et travaillé sur certains projets de développement, notamment la création d’un nouveau campus. « Inspirée par mes études à HEC Montréal, j’ai instauré un management plus rigoureux en adoptant de nouveaux processus et en procédant à une restructuration », résume-t-elle.

À 41 ans, Nouzha Alaoui tente aujourd’hui l’aventure entrepreneuriale. Elle s’investira désormais auprès d’entreprises pour les aider à améliorer le bien-être de leur personnel. « Pour moi, cette nouvelle étape, c’était maintenant ou jamais! Je veux contribuer à l’essor du Maroc, qui est en pleine effervescence en ce moment et qui devient une locomotive en Afrique dans différents secteurs. »

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Nouzha Alaoui

Une arbitre pour l’ONU au Sénégal

La feuille de route d’Aminata Maiga (MBA 2002) est plus qu’impressionnante. Coordonnatrice résidente des Nations unies au Sénégal depuis l’an dernier, cette citoyenne du monde cumule plus de 25 années d’expérience en politique économique et développement international.

Avant son arrivée à l’ONU, elle occupait le poste de directrice nationale pour le Cameroun, la Guinée équatoriale et Sao Tomé-et-Principe pour l’Organisation internationale du travail. Au Canada, elle a été la première femme noire à devenir analyste politique économique au ministère des Finances, à Yellowknife.

Ce parcours pour le moins inédit commence en Côte d’Ivoire, où elle est née. Elle poursuit des études supérieures en France, où elle obtient un diplôme en développement et en économie avant de se perfectionner en analyse de projets. Quelques années plus tard, elle met le cap sur le Québec pour faire un MBA à HEC Montréal. « C’est là que j’ai appris à aller droit au but et à ne pas me perdre dans les détails. Mes aptitudes en analyse, c’est surtout là que je les ai acquises. »

Une compétence qu’elle estime essentielle à ses fonctions actuelles. « J’agis un peu comme une arbitre. Je coordonne les actions de 34 agences issues des programmes des Nations unies. En gros, l’ONU doit trouver sa place, et les organisations doivent être à la hauteur des enjeux et des priorités du gouvernement. » Ainsi, une fois par mois, elle valide ce que chacune fait sur le terrain, afin d’harmoniser les actions et d’éviter les doublons. Évidemment, la tâche n’est pas simple. De nouveaux enjeux se profilent à l’horizon, comme la cybercriminalité, le numérique et l’environnement. Même si, parfois, la résistance au changement est forte, Aminata Maiga aspire à être une agente de changement pour l’Afrique.

Aminata Maiga

Illustration : Adobe Stock