Issu d’une lignée d’entrepreneurs, Réal Jacob sait d’instinct comment s’adresser aux décideurs et s’attirer leur respect. Des atouts qui lui ont à la fois permis de créer de solides partenariats et de faire avancer la recherche terrain. On lui doit notamment la création des pôles de transfert à HEC Montréal.

01Dans quel genre de famille avez-vous grandi ?

« Une famille d’entrepreneurs : mon père a été l’un des premiers boulangers artisans au Québec à industrialiser sa production. Il avait acquis un four qui pouvait cuire jusqu’à 400 pains par fournée et développé un réseau de livraison pour desservir tout le comté. Inspiré d’un voyage aux États-Unis, il a ensuite lancé un produit alors méconnu au Québec, la pizza précuite, ce qui lui permettait de rentabiliser son four demeuré chaud après la cuisson des pains sans devoir payer un sou en énergie ! On vendait un bon 12 000 pizzas par semaine ! »

02Quelles valeurs vous a-t-il transmises ?

« Il m’a inculqué le sens des responsabilités et la culture des affaires. Bien que mon père en avait les moyens, il était hors de question qu’il paye seul nos études. Nous devions travailler pour contribuer à l’effort. Cette façon de faire nous a appris très jeunes l’importance du travail, la discipline, l’autonomie et la responsabilisation. Cette attitude entrepreneuriale m’a d’ailleurs servi pendant toute ma carrière, tant dans ma première vie d’associé en consultation que dans l’exercice du métier de professeur, notamment comme cofondateur de l’Institut de recherche sur les PME à l’Université du Québec à Trois-Rivières. »

Réal Jacob

Flèche droite blanche

MINIBIO

  • Né en 1953 à Donnacona
  • L’aîné d’une famille de trois enfants
  • Marié depuis 41 ans
  • Père d’une fille (40 ans) et d’un garçon (34 ans)
  • M. Sc. en psychologie industrielle, Université de Montréal (1979)
  • Certificat d’études approfondies en sciences du travail, Institut des sciences du travail, Université catholique de Louvain, Belgique (1987)
  • Champs d’intérêt : transformation des organisations, innovation collaborative
  • Distinctions : Prix d’excellence canadien Leaders in Management Education (1999), prix Esdras-Minville et prix Roger-Charbonneau – HEC Montréal (2015)
03Votre plus grande fierté ?

« Avoir été la bougie d’allumage des pôles de transfert à HEC Montréal, qui ont d’ailleurs tous été mis en place dans une logique entrepreneuriale. Comment convaincre des professeurs de disciplines différentes et des milieux de pratique d’embarquer dans une toute nouvelle aventure qui, sous le signe de la collaboration, permettrait de faire avancer à la fois la recherche, le transfert et l’enseignement ? Comment développer un modèle de financement propre à chacun des pôles ? Comment ne pas se laisser freiner par les contraintes institutionnelles ? À ce chapitre, j’ai toujours eu comme principe qu’il valait mieux demander l’absolution que la permission. (Rires.) »

04L’idée derrière les pôles ?

« Michel Patry et moi cherchions une façon d’encourager la collaboration entre les différents départements pour développer de nouvelles capacités qui permettraient à l’École de se démarquer davantage. Certains projets de collaboration interdépartementale avaient déjà été tentés, mais la chimie recherchée n’y était pas. Alors, un soir, l’idée nous est venue : si on misait plutôt sur la passion ? Ainsi, un expert en gestion des opérations et de la logistique ou en ressources humaines passionné par la santé prendrait sûrement plaisir à s’investir dans un pôle spécialisé dans ce domaine. Nous avons alors créé une dizaine de pôles : santé, entrepreneuriat, créativité, innovation sociale, médias… »

05Votre marque de commerce ?

« Indéniablement, la valorisation et le transfert des connaissances. Il est essentiel pour moi que le fruit de la recherche profite aux milieux de pratique et vice et versa. Je me suis donc toujours appliqué à traduire les concepts, à faire le pont entre l’académique et le terrain. J’ai participé à une foule d’activités de transfert et organisé plus d’une quarantaine de colloques nationaux et internationaux. Je crois aussi beaucoup en la force des réseaux et au travail collaboratif. C’est d’ailleurs la mission que je poursuis actuellement comme vice-président du CA du Fonds de recherche du Québec – Société et culture. »

06Une passion ou un talent particulier ?

« Je suis assez doué pour les sports. Je me suis même rendu assez loin dans certaines disciplines. Au golf, un sport que je pratique toujours, j’ai remporté le championnat junior de mon club à 18 ans; en cyclisme, j’avais été choisi pour joindre l’équipe Espoir de la région de Québec, mais mes parents se sont opposés à la prise de ce qu’on appelait alors des “suppléments alimentaires”; en squash, j’ai fait partie de l’équipe universitaire et en natation, j’ai obtenu mes brevets d’instructeur et de sauveteur. Le sport m’a permis de payer mes études au collège et à l’université. »

07Le sport que vous avez le plus aimé ?

« Le cyclisme, car, vu de l’extérieur, cette discipline peut sembler assez individuelle, mais dans les faits, il s’agit d’un véritable sport d’équipe. Un leader ne peut gagner seul. Sa victoire dépend de ses coéquipiers qui vont l’aider à performer. Toutes les décisions que l’on prend avant une course, toutes les stratégies mises de l’avant sont en fonction de la forme et de la performance de chacun des membres pour atteindre un but collectif. Une approche qui rejoignait déjà mes valeurs à l’époque et qui m’a suivi toute ma vie. »

08Un trait de caractère méconnu ?

« J’ai un petit côté rebelle. Lorsque j’avais 17 ans, c’était l’époque des hippies. Un look pas très conventionnel pour un club de golf ! Comme je savais que j’avais de fortes chances de remporter le championnat dans la catégorie junior, j’ai dû, à mon grand dam, me contraindre à la totale : cheveux courts et barbe rasée ! Je n’avais toutefois pas dit mon dernier mot. À l’automne, lorsque je me suis présenté à la cérémonie pour recevoir mon trophée, mes cheveux très longs et ma barbe abondante ont créé une véritable onde de choc. »

09La fois où vous avez eu l’air le plus fou ?

« Lors de mon premier mandat de consultant, je devais évaluer le climat de travail dans une usine de textile. J’ai donc fait passer un questionnaire à tous les employés et rédigé un beau rapport. Lorsque je l’ai présenté au directeur de l’usine, il m’a demandé d’où provenaient mes données. C’est là que j’ai appris qu’au moins 50 % des employés étaient analphabètes fonctionnels et qu’ils avaient répondu aléatoirement pour éviter que ça se sache. Inutile de dire que j’ai refait l’étude au complet, à mes frais, et à partir d’entrevues individuelles ! »

10Si vous aviez une baguette magique ?

« J’aimerais qu’il y ait plus de conciliation, car, par les temps qui courent, le dialogue cède de plus en plus la place à l’affrontement pur et simple. Les gens demeurent souvent campés dans des positions idéologiques et n’arrivent plus à transcender leurs désaccords. Personnellement, cette attitude m’attriste, car j’ai toujours misé sur la différence pour enrichir un débat. Dans tous les domaines, elle nous permet d’aller plus loin, d’ouvrir de nouveaux horizons, de faire en sorte que 1 + 1 = 3. »

Photo : Bénédicte Brocard

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