Leur passage à HEC Montréal a été salutaire non seulement pour leur parcours personnel et professionnel, mais aussi pour leur pays d’origine. Rencontre avec trois étudiants étrangers dont la détermination et l’altruisme inspirent le respect.

Aïssata Lam

(1) En 2015, Aïssata Lam reçoit le prix Coup de cœur du jury lors du gala Prix Relève d’Excellence de HEC Montréal. (2) Lors de la cérémonie Mauritaniennes d’Exception 2016, une autre initiative de la JCC.

EN AVANT LA JEUNESSE !

Aïssata Lam
31 ans ■ Présidente et fondatrice de la Jeune Chambre de commerce de Mauritanie ■ B.A.A. Finance et affaires internationales, 2008

Étudier en Amérique du Nord et retourner en Afrique pour favoriser le développement économique de sa terre natale : tel est le parcours inspirant d’Aïssata Lam. Pendant ses études à HEC Montréal et à Harvard (qui portent notamment sur le microcrédit), la jeune femme fonde à distance la Jeune Chambre de commerce de Mauritanie. En 2014, après avoir travaillé pour Unicef Canada, elle retourne s’établir dans ce pays d’Afrique de l’Ouest qu’elle a quitté à l’âge de six ans. Aujourd’hui, son organisme compte 315 membres (dont 30 % issus de la diaspora) qui participent à ce qui ressemble à une mini révolution économique, où l’entrepreneuriat mauritanien se dévoile. « Je l’appelle la “révolution silencieuse”, explique-t-elle. Nous sommes encore trop nombreux à faire de l’entrepreneuriat de survie, mais les choses tendent à changer. Nous voyons désormais des exemples de réussite dans les pays voisins. Notre organisme est utile à tous les jeunes qui recherchent des ressources pour lancer une entreprise ou la faire grandir. » Selon les études, les Mauritaniens de 15 à 25 ans représentent 50 % de la population, ce qui en fait l’une des nations les plus jeunes d’Afrique. Réseautage, coaching, incubation d’entreprises, formations et rencontres d’affaires au iLab sont le lot quotidien d’Aïssata Lam. « Mais nous aidons aussi les étudiants qui souhaitent améliorer leur CV et les jeunes professionnels qui sont sur le point de passer une importante entrevue d’embauche. Nous touchons toutes les couches de la population. »

Oulimata Sarr

(1) « Oubliez l’Inde, oubliez la Chine, la prochaine révolution passera par les femmes », dit Oulimata Sarr. (2) Entourée des joueuses de basketball de la SEED Academy, un organisme voué à l’autonomisation de la jeunesse à Thies, au Sénégal.

AU NOM DES FEMMES

Oulimata Sarr
47 ans ■ Conseillère régionale, ONU Femmes ■ B.A.A. Finance et marketing, 1992

Après une carrière de 25 ans en finance et en gestion sur le continent africain, Oulimata Sarr se dédie désormais à plein temps à la cause des femmes. Depuis un an, elle travaille pour United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women. Créée par l’Organisation des Nations Unies, cette organisation se consacre à l’autonomisation des femmes à l’échelle internationale. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, Oulimata Sarr élabore des programmes phares pour favoriser l’indépendance financière des femmes en leur offrant un meilleur accès à la terre, au financement et aux marchés porteurs.
« Ces programmes de développement s’échelonnent sur plusieurs années », précise celle qui est venue du Sénégal dans les années 1980 pour terminer ses études collégiales et universitaires à Montréal. La création d’une association de femmes alors qu’elle travaillait pour la Société financière internationale du Groupe de la Banque mondiale a été la bougie d’allumage. « Nous hésitions à nous regrouper, de peur d’être étiquetées comme un groupe à part, nous confie-t-elle, jusqu’à ce que nous comprenions que nous avions un mandat : donner une voix à nos sœurs africaines, leur donner un pouvoir décisionnel. Ce réseau de femmes a changé ma vie. Dès lors, je me suis dit qu’aider les femmes à s’autonomiser financièrement allait devenir ma vocation. » Ces dernières années, cette mère de deux enfants a également assuré la présidence du Jury Afrique pour le Cartier Women’s Initiative Awards, un concours international féminin de plans d’affaires. Elle a aussi fait du mentorat auprès de femmes en affaires pour la Fondation Cherie-Blair. Même si la route vers la parité hommes-femmes est encore longue en Afrique, Oulimata Sarr garde son optimisme et demeure convaincue que le développement de ce continent passera par les femmes.

Joseph El-Khoury

(1) En 2013, Joseph El-Khoury participe à la première édition de 100En1Jour à Montréal et (2) à un projet de Québec sans frontières au Sénégal.

JARDINIER SANS FRONTIÈRES

Joseph El-Khoury
37 ans ■ Cofondateur de Jardins sans frontières ■ MBA 2010 et D.E.S.S. en gestion du développement durable (en cours)

Il gagnait très bien sa vie à Dubaï en développement des affaires. Cependant, Joseph El-Khoury, né au Liban d’une mère québécoise, découvre les vertus de l’innovation sociale et du développement durable lorsqu’il vient au Canada en 2009 pour étudier à HEC Montréal. Dès lors, il se consacre à la création d’un monde meilleur. Après la mise en place, au Mali et au Sénégal, de jardins communautaires biologiques dont le modèle s’inspire de la permaculture dans un contexte de sécurité alimentaire, il s’installe définitivement au Québec et cofonde Jardins sans frontières (JSF) avec sa conjointe, Lisa Charbel, et Luciano Barin-Cruz, professeur à HEC Montréal. Transition écologique et développement à l’échelle humaine : telle est l’ambition de cet OBNL québécois. Encore aujourd’hui, JSF est associé à des projets en Afrique, en Équateur et au Liban par le biais de l’association de permaculture SOILS, qui pratique la culture biologique adaptée à son milieu dans des fermes au Sud-Liban et dans des camps de réfugiés. « Nous sommes également actifs à Montréal en agriculture urbaine et dans la sensibilisation aux saines habitudes de vie écologiques », explique Joseph El-Khoury. Désireux de laisser derrière lui une planète en santé, ce nouveau père de famille est candidat au doctorat à l’Université de Montréal. Sa thèse porte sur la transition de Montréal vers une ville carboneutre d’ici 2042, soit juste à temps pour fêter le 400e anniversaire de la métropole québécoise.