Luciano Barin-Cruz

Automne 2021 - VOL. 20, N° 1
les 10 questions que vous n'avez jamais osé poser à...

Luciano Barin-Cruz

Professeur titulaire et directeur du pôle IDEOS à HEC Montréal

Par Liette D'Amours

En 2009, lorsque Luciano Barin-Cruz a amorcé sa carrière à HEC Montréal, son expertise – la responsabilité sociale des entreprises, le développement durable, l’innovation sociale et l’impact social – était plutôt marginale dans l’univers de la gestion. Aujourd’hui, non seulement la génération montante est fortement interpellée par ces questions, mais l’économie tout entière n’a plus le choix : elle doit s’en préoccuper.

Minibio

  • Né en 1981 à Porto Alegre, au Brésil
  • Cadet d’une famille de deux enfants (un frère)
  • Marié et père de trois garçons (6 et 3 ans, 2 mois)

Formation :

  • M. Sc. en management stratégique, Université fédérale du Rio Grande do Sul (2004)
  • Ph. D. en science de la gestion, Université fédérale du Rio Grande do Sul et Université Jean Moulin Lyon III (2007)
  • Champs d’intérêt : responsabilité sociale des entreprises, développement durable, innovation sociale et impact social

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Pourquoi avoir choisi HEC Montréal?

« J’ai toujours été attiré par le Canada et ses valeurs d’humanisme, d’inclusion et de justice sociale qui rejoignaient les miennes. Lors de mes études de doctorat, en France, mon directeur de thèse m’avait aussi beaucoup parlé de HEC Montréal. Il y connaissait des professeurs qui s’intéressaient à la responsabilité sociale des entreprises et au développement durable. Des domaines de recherche qui émergeaient à l’époque en gestion et qui m’interpellaient grandement. Initialement, je pensais y faire un postdoctorat ou prendre une sabbatique, mais je m’y suis finalement établi lorsqu’un poste de professeur m’a été offert. »

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Qu'est-ce qui vous a incité à y rester?

« HEC Montréal est assez unique dans l’univers des écoles de gestion. On y valorise la recherche et l’enseignement, mais aussi le transfert. Ce volet revêt une grande importance à mes yeux, car je ne voulais pas être un professeur déconnecté, enfermé dans sa tour d’ivoire. Je voulais contribuer, avoir un impact concret. Porter ces trois chapeaux n’est pas toujours facile, mais j’ai l’ambition de développer des projets pertinents qui font une réelle différence, tant ici qu’à l’international. Peu d’universités me permettraient de travailler sur ces trois tableaux. C’est la principale raison qui me fait rester à l’École. »

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Une chose qui vous a demandé une certaine adaptation?

« Il y a plusieurs petites choses que l’on imagine autrement lorsqu’on immigre dans un pays. (Rires.) Par exemple, l’hiver. Même si je m’y étais préparé mentalement, j’ai été très surpris par le fait qu’ici, la plupart des gens ne le redoutent pas et pratiquent même une foule d’activités très agréables.

Autre surprise : je ne m’attendais pas à une telle différence entre l’accent québécois et l’accent de France, où j’ai appris cette langue. Je dois avouer que la première année, j’ai eu du mal à tout saisir… »

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D’où vous vient votre côté humaniste?

« Quand on grandit au Brésil, on est constamment confronté aux inégalités sociales, à la violence et à la pauvreté. À Noël et à Pâques, quand nous étions petits, mon père nous emmenait, mon frère et moi, pour offrir des jouets et du chocolat aux enfants de la rue. Nous étions loin d’être riches, mais il lui importait de partager et de nous transmettre ces valeurs.

Cette volonté s’est par la suite affirmée. Lorsque je suis arrivé au doctorat, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose, que je développe une expertise pour réduire les inégalités et m’attaquer à ces grands enjeux de société. »

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Comment votre expertise est-elle perçue de nos jours?

« Il y a 15 ans, quand j’ai commencé à m’intéresser au développement durable, à la responsabilité sociale des entreprises et à l’innovation sociale, elle était vue comme marginale. Je devais consacrer plusieurs cours à convaincre les étudiants d’accorder de l’importance à ces aspects, alors qu’aujourd’hui, les jeunes générations y sont déjà sensibilisées. Personne ne remet en cause la pertinence de ces questions. Au contraire, ne pas s’en préoccuper est même devenu alarmant. À titre d’experts, nous ne sommes donc plus à l’étape de convaincre, mais d’outiller. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. »

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Quel type d’approche privilégiez-vous?

« À IDEOS, le pôle en gestion des entreprises sociales de l’École, nous favorisons l’intervention-terrain pour apporter un éclairage scientifique et documenter les processus avec rigueur, mais aussi pour expérimenter différentes approches jusqu’à l’obtention de résultats concrets. Ainsi, en collaboration avec les acteurs de l’innovation sociale, qui ont la confiance et l’oreille du milieu, nous lançons des micro-expérimentations à petite échelle pour identifier d’abord les conditions gagnantes, et déployons ensuite la solution plus largement. Notre apport est très varié, allant de projets pour favoriser l’inclusion des personnes immigrantes ici à des initiatives pour stimuler la microfinance et l’entrepreneuriat à l’étranger. »

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Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous?

« Je m’attaquerais à la pauvreté qui, pour moi, ne se résume pas seulement à un manque de ressources financières, mais aussi de capacités. Et par “capacités”, j’entends l’éducation, des conditions minimales de santé et de salubrité, un milieu exempt de violence où l’on peut grandir, s’épanouir et évoluer en toute sécurité. Malheureusement, comme partout ailleurs dans le monde, nous avons encore au Québec un nombre important d’enfants et d’adultes qui n’ont pas accès aux conditions nécessaires pour développer leurs capacités et contribuer pleinement à la société. Une situation très regrettable. »

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Une passion particulière?

« J’adore tous les sports, tant comme joueur que spectateur, mais ma grande passion, c’est le foot [soccer], dont je suis un fan fini. Quand j’étais petit, je jouais, de la sortie de l’école jusqu’à tard le soir. J’ai ensuite fait partie de l’équipe locale.

J’avais un bon potentiel, mais je me prenais trop souvent la tête avec l’entraîneur pour bien le développer (Rires.). Aujourd’hui encore, je joue au Collège Brébeuf avec plein d’immigrants. S’il est une chose qui me manque de mon pays, c’est cette ambiance unique ressentie dans les stades. J’aimerais un jour pouvoir faire vivre cette expérience à mes garçons. »

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Les valeurs qui vous tiennent à cœur?

« L’honnêteté et l’intégrité. Je serais incapable d’utiliser la tricherie ou encore la mesquinerie pour parvenir à mes fins. Si j’ai quelque chose, c’est parce que je l’ai mérité, et j’essaie de transmettre ces valeurs à mes enfants. Même si ce n’est pas toujours facile, je préfère demeurer intègre. C’est vraiment non négociable pour moi. La bienveillance est aussi une valeur importante à mes yeux. Il m’importe d’être là pour l’autre, pour le soutenir et l’aider à se développer. Les injustices et les inégalités sociales m’ont toujours profondément dérangé. »

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Que penser de la situation économique actuelle?

« Je suis très optimiste face à tous ces mouvements qui émergent. J’ai confiance en la génération montante, qui souhaite faire les choses différemment. Beaucoup de secteurs se mobilisent pour assurer une transition socioécologique. J’ai d’ailleurs beaucoup plus d’espoir que d’appréhensions. C’est dans cet esprit que je préfère investir mes énergies, pour reconstruire ensemble notre économie. Le monde ne changera évidemment pas du jour au lendemain, mais je crois que la transition est bien amorcée et qu’à court et moyen terme, nous en verrons les résultats. »

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