Après s’être distingué comme économiste, professeur et président de la Banque Nationale du Canada (BNC), Léon Courville s’est lancé, à 55 ans, dans une tout autre aventure : devenir vigneron, avec pour toute expertise en viticulture la passion du vin. Il est l’incarnation parfaite qu’il n’y a pas d’âge pour changer de carrière et surtout, que la retraite est un concept à géométrie variable.

LÉON COURVILLE
75 ans Propriétaire de Léon Courville vigneron, à Lac-Brome Licence en sciences commerciales, HEC Montréal (1967) et doctorat en économie, Université Carnegie-Mellon (1972)

« Pour moi, le voyage est plus important que la destination, déclare-t-il d’emblée. Lorsque je me lance dans un projet, je cherche constamment à améliorer les choses, à me démarquer. » Ainsi, quand Léon Courville a commencé à faire du vin – à une époque où personne ne croyait à un possible succès québécois dans ce domaine –, il a voulu faire des choses différentes et haut de gamme, sans s’inspirer des recettes établies. Aujourd’hui, à 75 ans, non seulement il a remporté son pari en créant des vins qui se sont distingués à l’international, mais il a contribué à la notoriété des vins d’ici.

« C’est dans ma nature d’essayer de faire avancer les choses », poursuit-il. Pas étonnant que la BNC soit venue le chercher pour transformer en profondeur la structure de son organisation. « J’ai besoin de me renouveler, sinon, je m’ennuie. » Inutile de préciser qu’il n’était pas le genre de professeur à donner le même cours année après année…

UNE RETRAITE INUSITÉE

Même constat côté retraite. « J’aurais été incapable d’adhérer à l’idée qu’on s’en fait généralement : maison en Floride, golf en hiver, bridge entre amis… Je trouve d’ailleurs un peu dommage que, du jour au lendemain, le savoir et la sagesse que nous avons mis toute une vie à acquérir ne profitent plus à la société. C’est sûr qu’à 70 ans, nous n’avons plus les mêmes capacités ni la même énergie qu’avant, mais ce n’est pas une raison pour nous expulser complètement du jeu. Pensons seulement à Warren Buffett qui, à 89 ans, préside toujours les assemblées annuelles de Berkshire Hathaway au côté de son acolyte de 96 ans, Charlie Munger. Pendant des heures, ils répondent à des questions, et ce, sans notes. Ces hommes rendent encore service à la société. Je pense que nous aurions intérêt à réfléchir à la façon dont les aînés peuvent encore contribuer. »

Léon CourvilleLéon Courville a, quant à lui, « opté pour la formule Liberté 55, se plaît-il à dire en riant. J’avais besoin de faire quelque chose par moi-même. » À partir de zéro, il a donc converti en vignoble une terre acquise à bon prix au lendemain du référendum et a même bûché tout le bois nécessaire à la construction de son chai et d’une cabane à sucre.

« Je n’avais aucune expertise en viticulture, mais je connaissais bien le monde du vin, raconte-t-il. Je possédais ma propre cave et je spéculais sur le vin. J’ai commencé à petite échelle et quand j’ai vu que ça fonctionnait, j’ai appuyé sur l’accélérateur. Dans l’univers du vin, il y a beaucoup plus de variables que d’équations, ce qui exige une grande capacité d’adaptation. Et faire sa place parmi les 15 000 vins vendus au Québec n’est pas une mince tâche ! »

Un conseil à donner à quelqu’un qui entame sa carrière ? « Ne pas ménager ses efforts, croire en ce qu’on fait et surtout, faire ce qu’on aime, conclut-il. La vie est trop courte pour la gaspiller à faire quelque chose qui ne nous passionne pas. » ∙

Photo : Gracieuseté de Léon Courville.