En octobre dernier, l’édifice Decelles célébrait ses 50 ans. Loin d’être banale, son histoire, ponctuée de nombreuses anecdotes, est celle d’un immeuble dont l’architecture a été tantôt appréciée, tantôt contestée. Si les murs pouvaient parler, voilà ce qu’ils raconteraient.

Il aura fallu attendre 30 ans avant que le projet de construction de l’édifice Decelles obtienne l’aval du gouvernement. Bâti en huit mois à peine, il sera inauguré en pleine crise d’Octobre par Robert Bourassa. « L’événement coïncidait avec les 60 ans de l’inauguration de l’immeuble Viger en octobre 1910; voilà pourquoi cette date avait été retenue, se rappelle Kathleen Grant, ex directrice des communications à HEC Montréal. Finalement, l’inauguration s’est faite plutôt rapidement, pour assurer la sécurité du premier ministre d’alors. »

LES ANNÉES D’AMOUR

Conçu par l’architecte Roland Dumais, le bâtiment est issu du courant dit « brutaliste ». Ses façades en béton laissant filtrer un minimum de lumière étaient, à l’époque, perçues comme un symbole de modernité et de rigueur. « C’était une façon d’éviter les distractions extérieures et d’inciter les gens à se regarder », explique Loretta Cianci, architecte et directrice du développement du campus de HEC Montréal. Sans parler du fait que cette pénombre facilitait les projections audiovisuelles, véritable innovation technologique des années 1970.

Rapidement, le manque d’espace se fait toutefois sentir, si bien que l’idée d’ajouter un 7e étage se concrétise. « Ce n’était pas simple de construire un étage supplémentaire sur un immeuble déjà occupé, se souvient Kathleen Grant. Les ouvriers circulaient parmi les étudiants et le personnel avec leurs brouettes remplies de matériel. Pendant un an, nous avons été confrontés à maints défis, comme la poussière, le bruit et même un important dégât d’eau. »

Édifice Decelles 1982

Roger Charbonneau et Henri-Paul Lemay

(1) L’Édifice Decelles, en 1982.
(2) Roger Charbonneau, directeur de HEC Montréal (à gauche), et Henri-Paul Lemay, président du conseil d’administration de l’École, lors de la conférence de presse soulignant le dévoilement de la maquette de l’Édifice Decelles, en décembre 1969.

BIEN PLUS QUE DU BÉTON !

Pendant des années, Kathleen Grant a arpenté les couloirs de cet édifice. Parmi ses souvenirs les plus mémorables, la présence de René Lévesque lors de l’inauguration du 7e étage, en 1985. « Tout le monde était arrivé, mais personne ne montait sur la scène. La raison était bien simple : il n’y avait pas de cendrier. Il a fallu remédier à ce petit oubli pour que la célébration puisse commencer, se rappelle-t-elle en riant. Les gens fumaient partout, à l’époque. »

Autre moment fort : le 20e anniversaire du MBA, en 1989. « Des diplômés des quatre coins du monde sont venus, même d’Australie. Cela montre que ce n’était pas juste un édifice, mais un endroit où ils ont créé de forts liens », ajoute-t-elle.

QUE LA LUMIÈRE SOIT !

Les années passent et les modes changent… Avec le temps, l’omniprésence du béton et la faible luminosité ont valu à l’édifice le surnom de « bunker ». « Après l’ouverture de l’édifice Côte-Sainte-Catherine, en 1996, Decelles a été graduellement déserté, mais en raison d’un nouveau manque d’espace, nous lui avons fait subir une cure de jouvence », souligne Loretta Cianci.

Ainsi, après une métamorphose qui s’est échelonnée sur sept ans, l’édifice Decelles a retrouvé son aura de popularité en 2012. L’immeuble n’a rien perdu de son charme brutaliste, mais il est maintenant doté de grandes baies vitrées et d’un puits de lumière. La qualité des travaux a été telle que HEC Montréal a même remporté le Prix d’excellence en architecture de la Society for College and University Planning en 2013. La beauté l’a une fois de plus emporté! ∙

Photos : (1) Archives HEC Montréal, Fonds du Comité directeur des fêtes du 75e anniversaire de l’École, A055/XPH0011, (2) Archives HEC Montréal, Fonds du Directorat, A007/XPH0076.