Au cours de sa carrière, Louise Murray a gravi les échelons de l’industrie du spectacle à grand déploiement et de haute voltige. Un univers où créativité et innovation sont le nerf de la guerre et où l’échec n’est surtout pas une option. Parcours d’une leader déterminée qui a souvent dû faire des miracles en coulisse.

Louise Murray

Louise Murray n’a pas encore terminé ses études qu’elle est recrutée par Tennis Canada en raison, notamment de son parfait bilinguisme. Cet héritage familial lui servira d’ailleurs toute sa vie. Dès lors, elle sillonne la planète et apprivoise le travail à l’étranger. Elle ignore encore que l’événementiel lui collera à la peau tout au long de sa carrière.
En 1992, le Cirque du Soleil l’embauche pour tirer profit de cette expérience à l’international. Elle y passera 17 ans – dont huit en tournée – à suivre, telle une nomade, la route des spectacles sous chapiteau. Après des années de ce régime, elle décide en 2004 d’entreprendre un MBA intensif, dans le but très avoué d’accéder à des postes plus stratégiques. Ce retour aux études s’est d’ailleurs avéré le point culminant de sa carrière. Depuis, Louise Murray cumule les postes décisionnels à la haute direction des entreprises les plus en vue de la planète.
Dès l’obtention de sa maîtrise, elle effectue un retour en force au Cirque du Soleil à titre de vice-présidente à la planification des tournées et partenariats. Elle y élabore notamment un modèle d’affaires pour planifier les tournées et y introduit une philosophie de gestion des portfolios. Des legs sur lesquels le Cirque capitalise toujours et qui lui ont d’ailleurs valu la signature d’un premier partenariat stratégique avec l’entreprise privée Dubaï World, en 2008.

DÉPOUSSIÉRER MICKEY

Aspirant à relever d’autres défis, Louise Murray roule ensuite sa bosse comme consultante à Montréal, mais cette sédentarité sera d’assez courte durée.
Un chasseur de têtes de Grande-Bretagne l’approche pour lui offrir le poste de vice-présidente au contenu créatif chez Walt Disney World. Elle plie alors bagages pour aller rejoindre Minnie et ses célèbres amis à Orlando, en Floride.
Elle deviendra responsable de toutes les prestations en direct présentées dans les huit parcs thématiques du « merveilleux monde de Disney », de la plus petite rencontre avec un personnage au spectacle le plus ambitieux.
Son défi : insuffler un peu de magie à un groupe de créateurs réputés pour appliquer la même recette depuis des décennies. « Ces personnes ne réalisaient pas qu’à trop abuser d’une formule gagnante, on finit par l’affaiblir, souligne Louise Murray. Certaines travaillaient pour Disney depuis 30-40 ans. Inutile de dire que l’innovation et la créativité n’étaient plus trop au rendez-vous. Pour apporter un vent de fraîcheur, j’ai élaboré le modèle Aspire, Inspire, Emote, afin de produire une meilleure synergie entre les équipes de création, les visiteurs et l’environnement dans lequel on évoluait. J’ai aussi implanté des forums de futuristes, restructuré les fonctions et introduit une pratique de veille pour inspirer et mieux voir venir. »

LOUISE MURRAY
Première vice-présidente aux opérations commerciales, TD Garden 50 ans  Célibataire  Née à Montréal  Baccalauréat en animation et recherche culturelle, UQAM (1990)  MBA intensif, HEC Montréal (2005)
RÔLE Améliorer la qualité de l’expérience-spectateur.
APPORT Expertise en créativité et innovation.
FORCES Faire émerger le meilleur de ses équipes.
CARACTÈRE DISTINCTIF Trouve toujours des solutions : rien n’est impossible.
CE QU’ELLE DÉGAGE L’audace, le respect, l’assurance et la vivacité d’esprit.
ARRIVÉE À TD GARDEN Décembre 2016
EMPLOYEURS PRÉCÉDENTS Walt Disney World (5,5 ans), Cirque du Soleil (17 ans) et Tennis Canada (10 ans).

« Pour être franche, peu de gens croyaient à cette transformation et j’étais loin d’avoir toutes les ressources nécessaires pour effectuer ce virage, reconnaît-elle. Lorsque je suis arrivée, personne ne voulait faire affaire avec ce service, car il proposait toujours les mêmes concepts. Quand je suis partie, ce groupe était perçu comme des rock stars. Preuve que lorsqu’on est orienté “solution”, on peut toujours avancer. Mais comme gestionnaire, il faut être patient et accepter que la fleur n’éclora peut-être pas pendant son mandat. Et c’est correct ainsi, car c’est cela, transformer de façon durable une organisation. »
Autre bon coup chez Disney ? « Avoir réussi à mettre sur pied la programmation d’un parc thématique en 17 jours. À la mi-juin, je recevais un coup de fil de mon président qui cherchait une nouvelle attraction pour contrer la concurrence exercée par Universal Studios avec The Wizarding World of Harry Potter. » Le 5 juillet, la Reine des neiges (Frozen) s’imposait comme la nouvelle figure de proue d’Hollywood Studios, avec parade, feux d’artifice, patinoire intérieure et même un champ de neige – en Floride ! – pour fabriquer des bonhommes. Ce fut un grand succès.

MARIE-HÉLÈNE JOBIN, AMIE ET PROFESSEURE TITULAIRE À HEC MONTRÉAL

quote noireLOUISE EST UNE PERSONNE D’UNE EXTRÊME GÉNÉROSITÉ, TANT SUR LE PLAN PERSONNEL QUE PROFESSIONNEL. ELLE OBTIENT DES RÉSULTATS EXCEPTIONNELS DE SES EMPLOYÉS PARCE QU’ELLE EST TRÈS PROCHE D’EUX.quote droite

AU PAYS DES KENNEDY

Après cinq ans et demi chez Disney, Louise Murray se sent prête à relever de nouveaux défis. En décembre 2016, elle déménage ses pénates à Boston pour devenir première vice-présidente aux opérations commerciales du TD Garden, où se produisent notamment les légendaires Bruins et les Celtics. « À mon arrivée, l’entreprise venait d’amorcer un important projet de transformation qui prévoyait la construction d’un vaste complexe immobilier aux abords du TD Garden, explique Louise Murray. Les propriétaires sont venus me chercher pour changer la vocation et la culture de l’entreprise. Ils ont misé sur mon expertise en innovation et en créativité pour rehausser la qualité de l’expérience-client. Ils veulent faire de ce complexe LA destination à Boston où le client pourra vivre toutes sortes d’expériences de divertissement. En parallèle, je dois aussi examiner les opérations sous toutes leurs coutures, afin de les amener à des niveaux d’excellence inspirés de pratiques implantées chez mes anciens employeurs. »
Ainsi, au fil du temps, Louise Murray est devenue une véritable spécialiste en gestion de marques emblématiques – Cirque du Soleil, Disney, TD Garden –, des sociétés dont le principal défi consiste à demeurer novatrices et créatives, et surtout à ne pas tenir le succès pour acquis.

LOUISE MURRAY

quote noireJE SUIS UNE INTROVERTIE QUI A APPRIS À S’EXTRAVERTIR DANS UN UNIVERS DE GROS EGO : LE MILIEU DU SPECTACLE. J’AI DU SUCCÈS PARCE QUE J’ÉCOUTE LES GENS AVEC RESPECT ET QUE JE COMPOSE TRÈS BIEN AVEC L’INSÉCURITÉ ET LES INCERTITUDES.quote droite

TD Garden

Celtics

Bruins de Boston

Louise Murray

Louise Murray a été recrutée pour faire du TD Garden et du vaste complexe qu’on y bâtit à proximité LA destination à Boston où les clients pourront vivre les expériences de divertissement les plus novatrices.

Quand on lui demande quels sont les grands enjeux auxquels les entreprises devront faire face au cours des prochaines années, elle répond d’emblée : « Le phénomène des fausses nouvelles et leur possible impact sur les organisations. Nous n’avons pas encore idée à quel point elles vont nous affecter, mais, chose certaine, il nous faudra apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie et à nous démarquer sans nous laisser dérouter par ces faussetés, qu’elles proviennent d’intentions malicieuses ou non. »

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EN BREF

TD GARDEN
■ Aréna multivocation : événements sportifs, tournées internationales, congrès des démocrates et collations des grades des prestigieuses universités de la région de Boston.
■ Propriétaire : Delaware North, une entreprise détenue par la famille Jacobs dont le père, Jeremy Jacobs Sr, possède aussi les Bruins de Boston et préside le Conseil des gouverneurs de la Ligue nationale de hockey (LNH).
■ Statut : entreprise privée.
■ Clubs résidents : Bruins de Boston (LNH) et Celtics de Boston (NBA).
■ Chiffre d’affaires : non dévoilé
■ Fondation : 1995
■ Secteur d’activité : divertissement
■ Nombre d’employés : 1200
■ Capacité : 20 000 spectateurs

Et dans quel pays se voit-elle d’ici cinq ans ? « J’ai joint Delaware North en sachant qu’il y avait de grandes possibilités d’avancement au sein de cette entreprise. Toutefois, si ce n’est pas là, ce sera ailleurs. Il y aura sûrement d’autres belles occasions qui me seront présentées. À plus long terme, je me vois aux commandes d’un petit hôtel à Hawaï… Ainsi, je pourrai poursuivre la tradition du “Murray Inn”… car, tout au long de ma carrière, mes installations à l’étranger ont incité bon nombre de mes amis et parents à venir me visiter ! (Rires). ∙

Photos : Émilie Nadeau (portraits) – Éric Soulier, directeur artistique – Marilou Bergeron, coiffeuse-maquilleuse et TD Garden.