Ils ont tous deux 70 ans, se sont rencontrés à l’université et forment un couple depuis près de 50 ans. À l’aube de leur retraite, ces sommités internationales, qui ont enseigné pendant presque toute leur carrière à HEC Montréal, nous livrent quelques pans de leur vie.

01Quel genre d’enfant étiez-vous ?

G.L. « Studieux et pas du tout sportif. À l’époque, il y avait de vraies notes avec des rangs lus publiquement; j’étais… disons assez ambitieux et compétitif. Mon père étant instituteur au secondaire, les études étaient très valorisées. »
A.L.
 « J’étais aussi très studieuse, sage, un peu timide, et je n’aimais pas du tout les sports. J’avais de bonnes notes, surtout en mathématiques et en langues. Mes parents aussi étaient enseignants et comme mon père était souvent promu, nous déménagions fréquemment. À 13 ans, j’avais déjà fréquenté six écoles différentes. J’ai donc développé jeune ma capacité d’adaptation. »

02Vous semblez avoir plusieurs points en commun…

G.L. « On est pareils! On est des aînés de famille pas très sportifs, on a des parents enseignants et on a même le même âge, à 29 jours près. On a tous les deux fait un baccalauréat en mathématiques, moi à l’Université McGill, Ann à l’Université Oxford. On s’est rencontrés à la maîtrise en recherche opérationnelle à l’Université de Lancaster, en Grande-Bretagne. »
A.L.
 « Nous étions assis un à côté de l’autre et ça a été le coup de foudre. (Rires.) Depuis, nous nous suivons, et ça fait 48 ans que nous sommes ensemble. »

Gilbert Laporte et Ann Langley

Mariés depuis 1974, Gilbert Laporte et Ann Langley sont parents d’une fille de 40 ans et grands-parents d’un petit-fils de six ans.

Flèche droite blanche

MINIBIO

GILBERT LAPORTE

  • Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion de la distribution
  • Né à Montréal (Rosemont)
  • Ph. D. en recherche opérationnelle, London School of Economics (1975)
  • Champ d’intérêt : distributique
  • Ordre du Canada 2019, prix Marie-Victorin 2018, médaille Innis-Gérin 2007

ANN LANGLEY

  • Titulaire de la Chaire en gestion stratégique en contexte pluraliste
  • Née à Portsmouth (Royaume-Uni)
  • Ph. D. en administration, HEC Montréal (1987)
  • Champs d’intérêt : gestion de la santé, processus et pratiques stratégiques, recherche qualitative
  • Fellow of the Academy of Management 2017, Honorary Member of the European Group for Organizational Studies 2019
03Comment l’intégration d’Ann au Québec s’est-elle passée ?

A.L. « Il faut dire que je parlais un français de base avec un petit accent parisien-anglais. J’avais beau avoir suivi des cours avant d’émigrer, rien ne m’avait préparée au joual. (Rires.) Alors, quand je suis arrivée ici, je ne comprenais strictement rien. Je me revois, dans la famille de Gilbert, incapable de suivre une conversation. »
G.L.
 « Toutefois, lorsqu’elle a décroché un emploi à l’Hôpital du Sacré-Cœur, il lui a fallu seulement deux mois d’immersion totale pour parler le français aussi bien qu’aujourd’hui. »

04Comment décririez-vous Ann ?

G.L. « Ann est la femme la plus gentille que je connaisse; on se sent bien à ses côtés. On a les mêmes valeurs. J’aime la faire rire, car elle est bon public et elle me trouve drôle. Elle est calme, paisible, sage et sereine ; nous n’avons pas toujours besoin de parler pour être bien ensemble. Elle me donne du bonheur. Évidemment, elle est très intelligente. Au niveau académique, elle est super rigoureuse. Quand elle signe un article ou prépare une demande de subvention, c’est toujours impeccable. »

05Et qu’appréciez-vous chez Gilbert ?

A.L. « Il est brillant, très gentil, droit et digne de confiance. On peut toujours compter sur lui. Il a un sens de l’humour incroyable, un peu british. Il me fait beaucoup rire. À l’université, son petit accent me faisait craquer. Je me rappelle que je le faisais parfois répéter juste parce que je trouvais ça trop cute. (Rires.) Il a aussi une mémoire redoutable. C’est très impressionnant et même épeurant parfois, car il me raconte des choses dont je n’ai absolument aucun souvenir. Il peut se rappeler la date précise à laquelle nous avons fait quelque chose. »

06Qu’a-t-elle de si particulier, cette mémoire ?

G.L. « En fait, nous n’avons juste pas le même type de mémoire. En regardant une photo de voyage, Ann va se rappeler le nom du village, alors que je vais me souvenir que c’était un mardi. J’ai une grande mémoire pour les chiffres, les dates… pour des affaires qui ne servent absolument à rien dans la vie, sauf les numéros de téléphone, ça peut être utile. »
A.L.
 « Notre petit-fils est pareil. Il n’a que six ans et il connaît les numéros d’autobus de presque toutes les stations de métro. C’est assez impressionnant. »

07Parlez-vous beaucoup de « gestion » à la maison ?

G.L. « Comme on y apporte beaucoup de travail, on discute souvent de nos préoccupations respectives. »
A.L.
 « Toutefois, on ne fait jamais de projets de recherche ensemble. En fait, de toute notre carrière, on n’a coécrit qu’un seul article. Au début, je relisais beaucoup ses textes, car son anglais n’était pas parfait, et il faisait de même pour mon français. Mais aujourd’hui, on fait rarement ça, car on s’est tous les deux améliorés. »
G.L.
 « C’est surtout pour éviter de devoir consulter le dictionnaire qu’on se réfère l’un à l’autre. (Rires.) »

08Une expérience d’enseignement qui vous a marqués ?

G.L. « J’ai commencé à enseigner bien avant HEC Montréal. À 14 ans, je donnais déjà des cours privés. J’ai ensuite enseigné aux cours du soir à la Commission des écoles catholiques de Montréal et fait de la suppléance auprès de mésadaptés socioaffectifs et de personnes ayant des problèmes de santé mentale. En Angleterre, j’ai même enseigné à des prisonniers. »
A.L.
 « Ce n’est pas facile d’enseigner à certaines clientèles, mais grâce à son humour, Gilbert y parvenait. »
G.L.
 « L’humour, c’est toujours pratique pour se sortir de situations un peu difficiles. »

09Un intérêt particulier ?

G.L. « Je fais beaucoup de mots croisés, surtout en anglais. Ça peut m’occuper plusieurs heures par jour. Je fais aussi un peu de cuisine, ça me détend. »
A.L. « Moi, j’aime beaucoup la musique ancienne. Je l’entraîne donc à ce type de concert. Même si je ne suis pas très bonne, je fais aussi un peu de peinture et de musique. On aime également beaucoup les voyages, et comme j’ai un congrès en Grèce chaque année, nous y sommes allés très souvent. »
G.L.
 « On ne planifie presque rien. On achète nos billets d’avion, on loue une voiture et on improvise. »

10Comment envisagez-vous la retraite ?

G.L. « On va changer de vitesse. Ça fait longtemps qu’on roule en cinquième ! Il ne faut pas tout couper drastiquement, sinon, on va devenir fous. Nous allons graduellement réduire nos activités, en garder quelques-unes, comme des conférences internationales et des mandats sporadiques. Et aussi, profiter davantage de notre petit-fils et de notre ville. »
A.L.
 « Nous allons déménager dans un condo pour pouvoir voyager plus librement, sans inquiétude. Et faire des choses qu’on n’a jamais eu le temps de faire, comme prendre des cours d’espagnol et se lever à l’heure qu’on veut ! (Rires.»

Photo : Marc Montplaisir

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