Première et seule femme à avoir occupé le poste de première ministre du Québec, Pauline Marois a dirigé neuf ministères au cours de ses 35 années en politique, et non des moindres – Santé, Éducation et Finances, entre autres –, en plus d’avoir présidé le Conseil du trésor. Une exception, à une époque où les femmes se voyaient surtout confier des ministères moins stratégiques. Rencontre avec une travailleuse sociale qui, au nom de l’équité, a décidé de prendre part au changement.

Issue d’un milieu très modeste, Pauline Marois s’est engagée en politique « pour changer le monde ». On lui doit notamment l’implantation de programmes de formation pour jeunes assistés sociaux, la laïcisation du système d’éducation et la création de commissions scolaires francophones et anglophones. Mais la réalisation dont elle est le plus fière est sans contredit l’adoption de la politique familiale qui a notamment mené à la mise sur pied des centres de la petite enfance (CPE).

« Au-delà des services de garde offerts à prix abordables, cette politique a aussi donné naissance à la maternelle temps plein cinq ans et au congé parental dès lors admissible pour les pères », rappelle Pauline Marois. En plus d’accroître la participation des Québécoises au marché du travail – qui est aujourd’hui l’une des plus élevées au monde –, cette loi a contribué, par ricochet, à plus d’équité dans notre société, en favorisant le développement des enfants et l’égalité des chances, une meilleure conciliation travail famille et une plus grande implication des hommes dans la vie familiale.

PLAIDOYER POUR LES AÎNÉS

Que pense-t-elle du sort que l’on réserve aux aînés ? « Dès que l’on atteint 70 ans, il est facile de se sentir exclu au Québec, alors que dans d’autres sociétés, les personnes âgées sont plutôt considérées comme des sages vers qui on se tourne pour prendre de meilleures décisions, souligne-t-elle. En ce sens, nous avons un énorme travail à faire pour favoriser le maintien en emploi des travailleurs d’expérience. Il est d’ailleurs dommage que le Québec se prive de toute cette expertise alors que nous faisons face à une pénurie de main-d’œuvre. »

Au-delà des conseils d’administration, comment pourrions-nous tirer profit de cette richesse ? « Il nous faut d’abord réfléchir à des façons de valoriser leurs connaissances et leur savoir-faire, propose-t-elle. Ainsi, nous aurions avantage à systématiser certains processus pour favoriser leur participation à des groupes de réflexion, à des projets de recherche, à des tables de concertation. Un bel exemple : le mentorat que Richard Massé, l’ancien directeur national de Santé publique, exerce auprès d’Horacio Arruda depuis le début de la crise. »

Pauline Marois

PAULINE MAROIS
72 ans MBA 1976

« La COVID-19 a malheureusement levé le voile sur plusieurs ratés de notre société, poursuit-elle. Notamment sur notre tendance à marginaliser les personnes âgées en les confinant dans des ghettos qui les isolent du reste du monde. Comme société et comme décideurs politiques, nous devrions plutôt chercher à faciliter leur bien-vivre dans la collectivité. » C’est d’ailleurs exactement ce que son gouvernement proposait avec son projet d’assurance autonomie, piloté en 2013 par le ministre Réjean Hébert. « À l’époque, cette initiative, qui consistait à offrir des soins et du maintien à domicile aux personnes âgées, répondait au choix premier des Québécois pour leur fin de vie et nous semblait aussi le moyen le plus responsable à employer pour relever le défi du vieillissement de la population. »

Sans grande surprise, Pauline Marois ne manque pas de projets… ni de propositions ! Mis à part une autobiographie publiée l’an dernier, elle préside la campagne de financement de la Fondation pour la langue française. Elle est aussi impliquée dans un projet du Centre d’études et de coopération internationale qui vise l’autonomie économique des femmes au Burkina Faso. De plus, elle est porte-parole et membre du jury de Forces AVENIR. Autrement dit, l’ancienne première ministre n’a pas le temps de s’ennuyer entre ses nombreuses occupations et ses neuf petits-enfants, qu’elle a bien hâte de retrouver ! ∙

Photo: Bénédicte Broccard