Ces quatre diplômés ont quitté leur pays pour tenter l’aventure la plus exaltante qui soit : vivre à l’étranger. Bien que ce choix ait changé à jamais leur destinée, ils ne l’ont jamais regretté. Regard sur ces travailleurs du monde.

De la poutine en Malaisie

Famille LambertDepuis leur première rencontre à HEC Montréal, Charles Lambert (B.A.A. 2004) et Catherine Gresse (B.A.A. 2002) ne se sont plus quittés. Ils étaient toutefois loin de se douter qu’un échange étudiant à Londres allait changer le cours de leur vie. « Loin de me contenter, cette expérience m’a plutôt donné la piqûre », explique Charles Lambert. Alors, quand, après deux années de service, Bombardier lui offre la possibilité de concrétiser son rêve de faire une maîtrise à la London School of Economics, il saute sur l’occasion.

D’origine française, sa conjointe, Catherine Gresse, n’avait toutefois pas envie de quitter ce Québec qu’elle aimait tant, mais la soif de découvrir le monde l’a emporté sur le besoin de stabilité. « J’ai eu peur de le regretter, de passer à côté de quelque chose, se souvient-elle. En 2006, le couple entame donc cette aventure qui devait durer un an. Finalement, ils passeront sept années dans la capitale londonienne, où leurs trois enfants verront le jour. « Lorsque j’ai quitté Bombardier, j’ai été embauché par Accenture, poursuit Charles Lambert. Je suis ensuite entré chez Bain & Company, l’une des trois plus grandes firmes-conseils au monde, et j’y fais carrière depuis. »

Après les Jeux olympiques de Londres, l’envie d’explorer encore plus la planète se fait de nouveau sentir. Cette fois, l’occasion qui s’offre à eux est un peu plus exotique : Kuala Lumpur, en Malaisie. « On ne connaissait rien de ce pays, mais côté travail, le défi était intéressant, poursuit Charles Lambert. Je soutiens maintenant le volet transformation et amélioration des performances pour toute l’Asie-Pacifique. »

Toute la famille s’est rapidement adaptée à cette nouvelle situation. « Nous sommes aujourd’hui bien établis, la vie est confortable et les enfants ont des amis qui viennent de partout dans le monde. Pour moi aussi, les défis professionnels sont intéressants, souligne Catherine Gresse. Je suis maintenant directrice du marketing et des communications à l’École internationale de Kuala Lumpur. »

Et l’ennui ? « Grâce aux technologies, il est plus facile de rester en contact avec nos familles. Nous profitons de notre séjour pour faire découvrir le continent à nos enfants. Et, en souvenir de chez nous, on leur fait manger de la poutine », conclut Charles Lambert en riant.

Caroline Davoine

Diplomate d’influence

Début août, l’administration Trump s’attaque de nouveau à l’aluminium canadien en imposant des tarifs douaniers de 10 %. Un dur coup pour le Québec, qui produit 90 % de l’aluminium au pays, dont les trois quarts sont destinés aux États-Unis. Pour Caroline Davoine (M. Sc. en gestion internationale 1999), directrice du Bureau du Québec à Houston, il n’y a pas une minute à perdre : il faut agir.

Ligne de presse, lettres, contacts avec des acteurs-clés politico-économiques – chambres de commerce, entreprises, associations… Rien n’est laissé au hasard pour infléchir cette décision. « Beaucoup d’entreprises québécoises exportent dans la région de Houston et cette nouvelle mesure les pénalise tout autant que leurs clients. Il nous faut une fois de plus négocier et cibler les bons influenceurs pour tenter de renverser la vapeur. » Caroline Davoine doit toutefois doser le message, user des bons arguments pour ne pas brûler ses contacts. « Le gouverneur du Texas est républicain, et donc, du côté de Trump. Chaque mot est important et on ne doit pas improviser. » Un combat qui s’annonce rude : « Les mesures protectionnistes vont se multiplier. En raison des élections, cela devient une stratégie politique », explique la directrice.

En plus de ses activités politiques, Caroline Davoine doit aussi veiller à favoriser les partenariats économiques. Chaque année, elle permet ainsi à plus d’une centaine d’entrepreneurs québécois de dénicher des occasions d’affaires au Texas. « Cet État s’avère un immense marché pour notre province, le premier pour les importations et le cinquième au chapitre des exportations. »

Si la déléguée a réussi à atteindre les plus hautes sphères de la fonction publique, c’est sans contredit grâce à son sens aigu de la politique et à ses qualités de communicatrice, mais aussi en raison de son profil économique. « En diplomatie, recruter des gens aptes à bien comprendre les enjeux économiques est devenu une tendance lourde. Ensuite, on tient compte du cheminement de carrière. »

À ce sujet, la directrice n’a pas à rougir, car elle n’en est pas à ses premiers faits d’armes sur la scène internationale. Pendant trois ans, elle a tenu les rênes du service économique de la Délégation générale du Québec à Mexico. Une expérience formatrice qui a exigé une grande capacité d’adaptation. « La culture d’affaires est différente au Mexique, les gens ne disent jamais non directement. »

L’avenir ? « J’aimerais bien poursuivre ma carrière en diplomatie. Toutefois, comme ces postes durent entre deux et quatre ans, j’ai vite compris qu’il valait mieux consacrer toutes mes énergies au moment présent », conclut-elle en riant.

Citoyen du monde

Fabien Rossini (EMBA 2017) est un véritable citoyen du monde. Spécialisé en jeux vidéo, il a été directeur de marque pour plusieurs jeux célèbres, dont Tomb Raider, Just Cause et Hitman.

Sa carrière a débuté en France, son pays d’origine, mais il s’est vite expatrié au Royaume-Uni, où il a vécu une dizaine d’années. C’est au cours de cette période qu’il découvre le Québec lors de nombreux voyages d’affaires. En 2014, il accepte un poste de direction chez Eidos-Montréal et entame son EMBA l’année suivante. « Ce programme m’a permis d’accéder à d’autres échelons dans ma carrière, déclare-t-il. Il m’a notamment ouvert des portes et permis de mieux comprendre la façon de faire des affaires au Québec. Je me suis rapidement rendu compte que partager une même langue ne voulait pas dire partager les mêmes valeurs. Aujourd’hui, je constate à quel point le Québec ressemble, à plusieurs égards, aux pays scandinaves. »

Tout juste après avoir obtenu sa citoyenneté canadienne, Fabien Rossini a saisi une nouvelle occasion : devenir PDG d’un studio de jeux vidéo au Danemark, réalisant ainsi une de ses aspirations. Nouveau défi, nouveau déménagement. « C’est mon mentor, Janos Flösser, fondateur d’iO Internative et de CREY, qui m’a proposé ce poste. Cela fait maintenant un an que je travaille pour playcrey.com à Copenhague, une ville fantastique. »

Fabien Rossini avoue qu’il a toujours aimé cette vie à l’international, mais il jure qu’il n’est pas devenu canadien pour rien. « J’évolue actuellement dans une entreprise en pleine expansion qui incarne, selon moi, le futur des réseaux sociaux et des jeux vidéo. Nous avons une équipe très talentueuse de 50 personnes provenant de 11 pays différents (dont trois Canadiens), réparties entre nos deux bureaux situés à Budapest et à Copenhague. Comme notre plan de croissance prévoit une expansion en Amérique du Nord, il y a donc de fortes chances que je revienne un jour au Québec », conclut-il.

Photos : gracieuseté de nos diplômés.