Des secteurs à fort potentiel pour le Québec

Automne 2021 - VOL. 20, N° 1

DOSSIER CAP SUR 2041

Des secteurs à fort potentiel pour le Québec

Par Stéphane Desjardins
Photographe : Jean-François Lemire, Shoot Studio

Véritables précurseurs dans leur domaine, Guillaume Thérien, Valérie Pisano et Jean-Michel Vanier estiment que le Québec consolidera sa place comme leader mondial dans de nombreux secteurs névralgiques au cours des 20 prochaines années.

Culture 4.0

Terminé, les appellations traditionnelles du spectacle, du cinéma et du divertissement. Il faut désormais parler d’industries créatives 4.0.

« Les jeux vidéo, les effets visuels et les technologies immersives connaissent un bouleversement planétaire, soutient Guillaume Thérien (B.A.A. 2004), associé du fonds d’investissement en capital de risque chez Zú Capital. Le pouvoir change, car les grands donneurs d’ordres ne sont plus les mêmes, comme on a pu le constater avec l’acquisition de MGM Studios par Amazon ou par les investissements de Sony dans Epic Games (Unreal Engine, Fortnite). »

Pour lui, les technologies ne feront qu’accentuer la multiplication des plateformes, le croisement des disciplines et l’interactivité avec la communauté de créateurs. De nouveaux acteurs apparaîtront, comme Roblox, une plateforme collaborative de développement et de création de jeux vidéo qui a fait son entrée en bourse en pleine pandémie. Des disciplines fusionneront.

Guillaume Thérien

« De plus, actuellement, les industries créatives sont dominées par l’Occident, ajoute‑t-il, mais une montée en puissance de la Chine et de l’Inde est à prévoir. De centres de production au rabais, ils se métamorphosent en gigantesques marchés, et disposent désormais de capitaux et d’expertises. TikTok en est un exemple notoire. »

Les consommateurs dépensent davantage et les investissements s’intensifient : « C’est de très bon augure pour le Québec. On peut ainsi développer des technologies qui permettent de faire rayonner nos talents à l’échelle planétaire, tout en protégeant notre spécificité culturelle », ajoute‑t‑il.

Doit-on craindre le rouleau compresseur culturel anglo-saxon alimenté par les GAFAM? « Sur les plateformes de services de contenu en continu (OTT), des productions internationales comme La Casa de Papel cartonnent en ce moment. Des millions de gens ont vu le film sud-coréen Parasite ou la production québécoise Jusqu’au déclin, déclare-t-il. Les algorithmes de préférence peuvent sembler nous désavantager, mais l’arrivée des algorithmes de découverte nous servira de plus en plus. »

« De grands succès québécois ont été créés par des anciens de Softimage, comme Discreet Logic et Autodesk, ou autour du Cirque du Soleil, comme Outbox ou Moment Factory, poursuit-il. Rodeo FX est devenue un leader planétaire des effets visuels. Notre renommée est établie partout autour du globe; le Québec a les ambitions et les moyens d’aller beaucoup plus loin… »

« Les artistes se métamorphosent désormais en entrepreneurs multiplateformes. »
–Guillaume Thérien
Associé du fonds d’investissement en capital de risque, Zú Capital

Avec la dématérialisation des contenus, la créativité est devenue la ressource naturelle numéro un. Les artistes se métamorphosent désormais en entrepreneurs multiplateformes. « Avec TikTok ou Clubhouse, ils développent une relation directe avec leurs publics, explique Guillaume Thérien. Robert Lepage intègre plusieurs outils technologiques à la fine pointe pour assurer son autonomie et sa pertinence, et monétiser ses créations. On entre dans une économie de créateurs : tout le monde peut être chanteur, musicien, vidéaste, photographe. Désormais, c’est le consommateur qui choisit ce qu’il veut voir ou entendre. »

De nouveaux outils, protocoles, plateformes et applications technologiques émergeront, notamment en réalité augmentée et virtuelle, prédit-il. Mais pour cela, il faut aussi investir davantage dans les technologies d’application qui propulsent notre culture, comme Landr, Illico ou Stingray. « On doit penser à la fois local et planétaire, investir dans le talent ET dans les technologies, comme l’a fait par exemple la Suède, un pays de la même taille que le Québec, avec Spotify. »

Valérie Pisano, présidente et cheffe de la direction, MILA

L’IA : déjà partout!

« L’un des plus grands développements dans la recherche sur l’intelligence artificielle (IA) portera sur l’éthique, à savoir comment l’utiliser pour le bien commun », affirme Valérie Pisano (M. Sc. en économie appliquée 2005), présidente et cheffe de la direction de MILA, un institut de recherche en intelligence artificielle de renommée mondiale.

Sans trop s’en rendre compte, la cohabitation entre l’humain et l’IA est chaque jour plus importante. « C’est pourquoi nous devons clarifier la propriété des données et la relation entre l’individu qui les génère, ses utilisateurs et les types d’usages, soutient-elle. Par exemple, quand on consent à ce qu’Amazon nous fasse des propositions d’achat, on dit oui à qui exactement? Doit-on donner accès à nos données médicales pour faire avancer la recherche en santé? Personnellement, je n’hésiterais pas une seconde, mais d’autres ont encore des réserves.  »

« C’est dans la gestion de la crise climatique que l’IA aura le plus grand impact. »
– Valérie Pisano
Présidente et cheffe de la direction, MILA

Alors, où s’en va-t-on avec l’intelligence artificielle? « La santé, l’environnement et les services, notamment financiers, seront les secteurs les plus transformés, estime Valérie Pisano. L’IA s’implante déjà là où on traite des montagnes de données. Les organisations apprécient ses capacités prédictives, par exemple, en marketing, en vente et en service à la clientèle. On misera aussi sur l’IA pour améliorer les plans de traitement, prédire des maladies ou accélérer la découverte de médicaments. » Mais, selon elle, c’est dans la gestion de la crise climatique que l’IA aura le plus grand impact.

Un fait demeure toutefois : Montréal est une plaque tournante mondiale en intelligence artificielle. Et l’écosystème ne cesse de s’épanouir à très grande vitesse. « Quand je suis arrivée à MILA, nous avions 100 chercheurs, alors que nous en comptons désormais 600. Notre directeur scientifique, Yoshua Bengio, est un des fondateurs de cette science. Nos partenariats avec des entreprises se multiplient, de nouvelles startups émergent, des sociétés étrangères s’établissent ici pour jouir de nos labos et de nos talents. L’intelligence artificielle créera beaucoup d’emplois dans tous les domaines. Nous sommes désormais un importateur net de talents et d’investissements directs étrangers. Nous devons continuer sur cette lancée et nous assurer de maintenir notre leadership. Nous pourrons ainsi faire du Québec une des sociétés les plus innovantes au monde.»

Vers l’autonomie alimentaire?

La pandémie a stimulé l’achat local et moussé le concept d’autonomie alimentaire. Mais bien que les ventes de produits québécois aient explosé avec la COVID-19, est-ce une utopie d’y croire? Jean-Michel Vanier (D.E.S.S. en comptabilité publique 2005), vice-président Finance des Fermes Lufa, estime que ces phénomènes ne peuvent que s’intensifier. « Les projets de construction de serres se multiplient, ce qui élargira la palette des produits locaux, mais le Québec ne produira jamais 100 % de ce qu’il mange », soutient-il.

Le plus grand avantage des serres? La stabilité. Quand on contrôle l’environnement, on peut vendre sa production à l’année, ce qu’apprécient les épiciers. Suivent les gains environnementaux, car les serres exigent moins d’eau, d’espace, de lumière et, chez Lufa, moins d’énergie, en récupérant la chaleur du bâtiment. « Certes, les serres sont énergivores, mais la culture en champs se termine en octobre, fait-il remarquer. Et comme nous livrons local avec des véhicules électriques, nous diminuons les émissions de GES liées au transport. Nos propres abeilles pollinisent nos cultures sans insecticides ni fongicides chimiques. Comparées aux produits importés par camion de Californie, les serres québécoises font donc bonne figure. »

Jean-Michel Vanier, vice-président Finance, Fermes Lufa
« Les projets de construction de serres se multiplient, ce qui élargira la palette de produits locaux, mais le Québec ne produira jamais 100 % de ce qu’il mange. »
– Jean-Michel Vanier
Vice-président Finance, Fermes Lufa

On teste actuellement de nouveaux modèles de production, comme la culture verticale sous éclairage artificiel. « Les Américains y ont injecté des fortunes et annoncent des miracles. Mais ce modèle est très énergivore et sa profitabilité reste à prouver, déclare le vice-président. Par contre, avec une météo de plus en plus imprévisible, c’est clair que la culture dans des environnements contrôlés a le vent dans les voiles. »

Certains ajoutent l’aquaculture à leur production en serre. « En fait, tous les concepts sont souhaitables », mentionne-t‑il, célébrant du coup la croissance de l’agriculture biologique. Les producteurs multiplieront les projets hors de leur zone de confort, comme les Serres Demers, qui récupérera la chaleur émise par son futur voisin, QScale, une ferme de serveurs.

« Les serres elles-mêmes seront de plus en plus grandes et équipées de robots cueilleurs, prédit Jean-Michel Vanier. Les projets de serres sur les toits des nouveaux méga-entrepôts se multiplient avec la croissance du commerce en ligne », souligne-t-il, rêvant d’une percée des Fermes Lufa dans toutes les grandes villes du monde.

Illustration : Adobe Stock

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