Printemps 2023 – VOL. 21, N° 2

DOSSIER MANAGEMENT DU SPORT

Danièle Sauvageau

Figure marquante du hockey féminin

Par Liette D’Amours

Photographe : Jean-François Lemire, Shoot Studio

Plus que quiconque, Danièle Sauvageau sait ce que signifie se tailler une place dans un univers majoritairement masculin, voire réfractaire au leadership féminin. Pendant 33 ans, elle a été policière dans la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En parallèle, elle tente de percer la chasse gardée du hockey sur glace. Malgré les embûches, elle cumule les distinctions, notamment à titre de directrice générale et d’entraîneure-chef, menant l’équipe féminine canadienne à la première médaille d’or olympique de son histoire, en 2002.

Un tournant décisif

« Malheureusement, l’implication des femmes dans le milieu sportif est encore trop souvent perçue comme un loisir, déplore Danièle Sauvageau. Or, comment faire carrière dans un domaine où son engagement est considéré comme un passe-temps? Pour les associations sportives, par exemple, il est toujours inconcevable que les femmes puissent évoluer comme joueuses de hockey professionnelles ou encore devenir entraîneures et gagner ainsi leur vie, comme les hommes. »

Cette chasse gardée ne date pas d’hier. « À 13 ans, je me suis présentée avec mes deux jeunes frères à l’aréna de Saint-Eustache pour jouer au hockey et on m’a répondu qu’eux pouvaient, mais pas moi, raconte Danièle Sauvageau. C’était la première fois qu’on me refusait de faire quelque chose parce que j’étais une fille. »

Comme l’adolescente doit rester sur place pour attendre ses frères, elle demande au responsable ce qu’elle peut faire pour s’occuper. Il lui pointe les bouteilles d’eau, qu’elle transporte alors derrière le banc des joueurs. « Depuis ce premier refus, ma vie a été faite de portes que j’ai tenté d’ouvrir, déclare Danièle ­Sauvageau. D’ailleurs, à la blague, je dis souvent que mon cerveau ne reconnaît pas le mot “non”. Ces interdictions sont devenues de nouvelles opportunités, des défis à relever. » Pour se tailler une place et accroître sa crédibilité dans le milieu du hockey sur glace, elle a notamment obtenu les certifications d’entraîneur les plus élevées au monde.

Malgré ce qu’elle comporte de privations, cette expérience a, à son avis, marqué un tournant dans sa carrière sportive. Non seulement elle l’a menée des années plus tard comme entraîneure-adjointe de l’équipe canadienne aux premiers jeux olympiques de l’histoire du hockey féminin à Nagano, en 1998 [médaille d’argent contre les États-Unis], mais aussi comme entraîneure-chef à Salt Lake City en 2002, où les Canadiennes ont arraché cette fois la médaille d’or aux Américaines, prenant alors leur revanche sur leurs rivales.

Plus spécifiquement, Danièle Sauvageau a participé à huit jeux olympiques en tant que directrice générale, entraîneure de hockey féminin et conseillère en coaching. Sans parler du rôle d’analyste de hockey masculin et féminin qu’elle y joue depuis plus de 20 ans. Par ailleurs, elle a été la première femme analyste à la Soirée du hockey au Canada et la première au pays à diriger une équipe masculine de hockey junior majeur.

MINIBIO

Danièle Sauvageau

Directrice associée du Pôle sports HEC Montréal et professeure associée au Département de management

PDG et entraîneure-chef au Centre de hockey de haute performance 21.02

Formation :

« Le mot coach vient du mot français “cocher”, un conducteur de calèche qui transporte les voyageurs d’un point à l’autre. Voilà comment j’ai toujours perçu mon rôle. »
— Danièle Sauvageau

Un parcours remarquable

Hormis ses victoires olympiques, son parcours compte aussi plusieurs autres réalisations dignes de mention. Elle a notamment fondé et dirige toujours le Centre de hockey de haute performance 21.02, destiné à l’entraînement des joueuses d’élite et de l’équipe féminine nationale. On lui doit aussi la mise sur pied du premier programme de hockey féminin à l’Université de Montréal. Programme jugé l’un des plus performants des 10 dernières années au niveau universitaire canadien avec ses six podiums, dont deux championnats.

Pour Hockey Canada, elle a collaboré comme entraîneure-maître au Programme de développement des entraîneurs jusqu’en 2022. Elle a aussi fait partie de nombreux comités, dont le Comité olympique canadien et le comité d’examen indépendant de la Ligue canadienne de hockey. Au fil du temps, Danièle Sauvageau est devenue une véritable inspiration non seulement pour les athlètes et les entraîneurs, mais aussi pour les cadres à titre de mentore et de conférencière. Tout cela en menant de front une carrière dans la police!

« Mon expérience dans les forces de l’ordre m’a permis d’acquérir un sang-froid et de garder mon calme dans les pires circonstances, souligne la policière, à la retraite depuis 2018. Comme entraîneure, je me suis d’ailleurs beaucoup inspirée des nombreuses formations reçues à la GRC, qui m’ont appris à intervenir dans des situations critiques sans toujours avoir un supérieur à mes côtés. Cela m’a beaucoup aidée à peaufiner ma philosophie de coaching basée sur le développement personnalisé des athlètes, à faire de la planification stratégique, à mieux intervenir en situation de crise et à mieux gérer le stress. »

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Une autre corde à son arc

En collaborant avec HEC Montréal, et plus particulièrement, à titre de directrice associée du Pôle sports et de professeure associée au Département de management, Danièle Sauvageau réalise à quel point ces approches qu’elle a adoptées de façon très instinctive comme entraîneure sont documentées et reconnues dans le monde de la gestion. « Je me sens très privilégiée d’avoir pu intervenir dans des milieux aussi diversifiés qui m’ont permis – et me permettent encore – d’apprendre constamment, se réjouit celle qui s’est toujours passionnée pour la psychologie et le dépassement humain. Et tant mieux si mon expérience très terrain, au sein des services policiers ou derrière le banc d’une équipe olympique, peut aujourd’hui profiter à des gestionnaires en devenir. »

Son implication à l’École consiste plus précisément à collaborer à différents projets, dont plusieurs visent à favoriser le leadership féminin. « Nous sommes aussi sur le point de lancer un microprogramme de premier cycle en management et leadership de coaching sportif, précise Danièle Sauvageau. Il n’est pas rare que d’anciens athlètes accèdent à des postes d’entraîneur, mais bien que ces personnes maîtrisent leur sport, elles ne sont pas nécessairement habilitées à gérer et à prendre des décisions stratégiques. Elles ont besoin d’être outillées pour devenir de bons leaders. »

« Nous lancerons bientôt un microprogramme en management et leadership de coaching sportif. »
— Danièle Sauvageau

Pourquoi est-ce encore si ardu pour les femmes de se tailler une place dans le domaine du sport? « Pour briser un cycle, il faut y mettre fin, et c’est ce que les programmes d’accès à l’équité permettent. L’évolution ne se fera malheureusement pas d’elle-même, soutient-elle. Bien que certaines femmes commencent à accéder à des postes de direction et que plusieurs athlètes féminines parviennent aujourd’hui à vivre de leur sport, il reste encore beaucoup à faire. Je suis toutefois convaincue que ces pionnières, dont la très grande majorité ont des feuilles de route impressionnantes, feront leurs marques et faciliteront une plus grande diversité au sein des organisations, qui ont jusqu’ici opposé une forte résistance à leur ascension. »

Son idéal du milieu sportif? « Être d’abord et avant tout là pour les bonnes raisons, comprendre que les athlètes ne sont pas des produits, qu’ils et elles doivent être au cœur des préoccupations, peu importe leur niveau et leur parcours, que l’entraîneur(e) doit être là pour les aider à développer leur plein potentiel, sans dérapages, dans un environnement sain, et à progresser, tant sur les plans physique que psychologique. »

Un souhait en terminant? « La création d’une ligue de hockey féminin professionnelle, pour que le travail de ces athlètes soit enfin reconnu et qu’elles soient rémunérées convenablement », conclut Danièle Sauvageau.

DISTINCTIONS