Dire qu’Alain Gosselin ne sait pas s’arrêter est un euphémisme. Après avoir quitté la direction de l’École des dirigeants, le Conseil pédagogique et le comité de direction de HEC Montréal pour réduire ses activités, ses semaines de travail comptent toujours 70 heures…

01Quel genre d’enfant étiez-vous ?

Quote gauchePas compliqué. Assez doué à l’école. Sportif. Dès que j’en avais l’occasion, je jouais au hockey. La plupart du temps, avec les moyens du bord : une rondelle de bouleau, un morceau de glace… J’aurais aimé faire partie d’une équipe, mais les infrastructures sportives se faisaient rares dans le Québec rural des années 1950. C’était une autre époque, à cheval entre la Grande Noirceur et la Révolution tranquille. Si bien que j’ai été parmi les derniers à fréquenter les petites écoles de rang à la Émilie Bordeleau et parmi les premiers à étudier dans un cégep. Quote droite

02Une des premières choses que vous ayez apprises ?

Quote gaucheÀ travailler : je suis né sur une ferme. Mon père approvisionnait environ 500 clients par semaine en denrées qu’il leur livrait à domicile. Chaque enfant avait ses tâches. L’été, on passait nos journées à cultiver d’immenses jardins, de tôt le matin à tard le soir. Aujourd’hui, la DPJ serait débarquée à la maison tant on travaillait fort. (Rires.) L’hiver, au retour de l’école, on devait aller ensacher les légumes, mirer les œufs… Le travail est une valeur qui a toujours fait partie de ma vie. Quote droite

Flèche droite blanche

MINIBIO

  • Né en 1953 à Saint-Prime, au Lac-Saint-Jean
  • 6e d’une famille de 9 enfants (7 frères, 1 sœur)
  • En couple depuis 33 ans
  • Père d’un garçon (30 ans) et d’une fille (25 ans)
  • Titulaire d’une maîtrise en gestion (HEC Montréal 1981) et d’un doctorat en gestion des ressources humaines (Maryland 1986)
  • Champ d’intérêt : la gestion des talents
03Hormis le travail, quelle est votre plus grande passion ?

Quote gaucheJ’aime beaucoup cuisiner. On dit même que je suis un assez bon chef. Je suis rarement des recettes et c’est toujours bon. J’aime les petits plats mijotés qui embaument la maison, les recettes “vide-frigo“, intuitives. Il faut toujours qu’il y en ait beaucoup, comme si on était neuf. Je ne sais pas faire moins. Le dimanche matin, je vais au marché Jean-Talon, et au retour, ma conjointe me dit toujours : “T’es encore viré fou; qu’est-ce qu’on va faire de tout ça !“ J’achèterais tout…Quote droite

04Votre plus grande force ?

Quote gaucheC’est probablement d’être un bon vulgarisateur, tant par mon enseignement que par mes écrits. J’ai cette capacité de rendre accessibles des concepts et des théories complexes, de résumer en dix minutes 25 ans de recherche. Malgré ma formation scientifique, j’ai toujours préféré la pertinence à la “beauté“ méthodologique. C’est pourquoi j’aime être proche du terrain, près des décideurs et de leurs préoccupations. Je ne veux pas être déconnecté de leur réalité. Je tente toujours d’être un pas d’avance, afin de répondre à leurs questions, d’être là pour eux. J’aime faire cette différence.Quote droite

05Votre plus belle expérience de professeur ?

Quote gaucheC’est sûrement d’avoir participé à la création de programmes comme le MBA intensif, l’EMBA et la maîtrise en développement organisationnel. J’espère y avoir laissé ma marque par mes convictions sur le plan pédagogique. J’ai apprécié la prise de risque, la recherche d’originalité et la démarche créative. Je suis fier de la popularité de ces programmes et de leurs classements à l’international. Je dois aussi mentionner le travail de repositionnement de l’École des dirigeants. Il reste encore beaucoup à faire, mais les résultats semblent finalement être au rendez-vous.Quote droite

6Une de vos faiblesses ?

Quote gaucheJe ne finis pas toujours ce que j’entreprends. J’ai beaucoup d’idées, mais je peux vite m’intéresser à autre chose. Par exemple, j’ai dû diriger plus d’une centaine de mémoires de maîtrise dont plusieurs auraient pu mener à la publication de très bons articles scientifiques, mais j’étais déjà ailleurs, passionné par un autre projet. Mon codirecteur de thèse, Ed Locke, est une sommité mondiale, mais il a passé presque toute sa vie sur un seul sujet (Goal Setting Theory). C’est un prix que je ne veux pas payer. Je suis trop curieux pour ça.Quote droite

7Qu’aimeriez-vous voir s’améliorer en RH ?

Quote gaucheEn matière de gestion des ressources humaines (RH), les organisations accordent souvent trop d’attention au renouvellement de leurs programmes RH et pas assez aux gestionnaires de premier niveau qui doivent les mettre en œuvre. Ces derniers sont souvent mal soutenus, abandonnés. Si bien que les organisations brûlent souvent leurs meilleurs éléments. Lorsqu’un collègue devient patron, on lui souhaite simplement bonne chance. Deux ans après, cette personne est en détresse et son équipe est démotivée. Le plus triste, c’est qu’au départ, elle voulait bien faire, mais on l’a insuffisamment accompagnée.Quote droite

8Une pratique que vous déplorez ?

Quote gaucheNe pas laisser à ses employés le temps de se développer, de réfléchir et de déployer des stratégies de transfert. Nos clients à l’École des dirigeants ont trop souvent des attentes irréalistes. Les besoins en développement sont nombreux, urgents et complexes; ils exigent de l’introspection et une intégration continue dans le milieu de travail. S’il existait une pilule pour accélérer le processus d’apprentissage, les organisations l’utiliseraient. Il faut plutôt investir dans des parcours de formation étalés dans le temps, en lien concret avec le travail et soutenus par un accompagnement personnalisé. Quote droite

9Un souhait particulier pour la fonction RH ?

Quote gaucheIl s’agit d’un changement qui est en cours. Historiquement, on a cherché à trouver la bonne personne pour combler toutes les exigences d’un poste, quitte à ajuster les écarts manquants par la formation et le coaching, un peu comme on le ferait avec de la pâte à modeler. La tendance veut que nous configurions davantage le poste autour de la personne, afin d’exploiter pleinement ses talents et de la faire grandir. Nous serons alors dans une gestion des ressources humaines individualisée plus porteuse de satisfaction, d’engagement et de performance.Quote droite

10Où vous voyez-vous dans dix ans ?

Quote gaucheSi ma santé me le permet, je vais probablement encore enseigner ou faire de l’intervention. J’aimerais aussi consacrer plus de temps à l’écriture, aux voyages, à mes petits-fils [des jumeaux] qui viennent de naître. Chose certaine, je ne pourrais pas couper complètement mes liens avec HEC Montréal. J’aime trop cette organisation et sa mission. J’ai l’avantage d’exercer une profession qui gagne à l’usage et qui n’use pas trop. Je vais peut-être enfin devenir sage et plus équilibré, et consacrer moins d’heures à l’École et un peu plus à des activités “autres”. Quote droite

Photo : Émilie Nadeau

EMBA McGill HEC Montréal

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