La réputation de Pierre-Olivier Pineau n’est plus à faire dans le secteur de l’énergie. Tous les grands médias québécois font régulièrement appel à son expertise en matière de politiques publiques. Vous découvrirez ici des facettes méconnues de sa personnalité.

01Votre plus belle expérience en tant que professeur ?

Quote gaucheL’an dernier, je suis allé enseigner au Congo dans le cadre du programme D.E.S.S. que HEC Montréal offre dans la capitale, Brazzaville. Ces gens étaient extrêmement motivés. Ils avaient une grande soif d’apprendre et j’avais l’impression que toutes mes recherches et mes connaissances les aidaient vraiment. Je me suis alors senti très utile et très valorisé. En tant qu’être humain, j’ai besoin d’apporter ma contribution ; c’est ce qui donne un sens à ma vie. C’est pourquoi mes travaux portent sur des applications concrètes.Quote droite

02Quel surnom vous donne-t-on ?

Quote gaucheDu plus loin que je me souvienne, on m’a toujours appelé « POP ». Mes parents, ma famille, mes amis… Tellement que ce n’est qu’à l’âge de six ans que j’ai réalisé que ce n’était pas mon vrai nom. Aujourd’hui encore, certains de mes collègues me surnomment ainsi. Même que la secrétaire du département m’a avoué un jour que le personnel m’appelait POP en cachette. Depuis, c’est devenu plus officiel.Quote droite[Rires]

Flèche droite blanche

MINIBIO

  • 43 ans, marié et père de deux fillettes de 3 et 5 ans;
  • Cadet d’une famille de deux enfants (un frère);
  • Titulaire d’une maîtrise en philosophie (Université de Montréal) et d’un doctorat en administration, spécialisé en méthodes quantitatives (HEC Montréal);
  • Son aspiration : changer le monde. Du moins, l’améliorer.
03Si vous n’étiez pas professeur, que feriez-vous ?

Quote gaucheJ’ai fait beaucoup de théâtre amateur, mais je n’ai jamais réussi à en vivre. On m’a vite fait comprendre que j’étais meilleur dans l’écriture que sur les planches. (Rires) J’ai donc écrit plusieurs pièces que nous avons montées avec une troupe que nous avions créée. Aujourd’hui, j’ai complètement délaissé cette passion. Toutefois, c’est ce même goût du spectacle qui m’anime lorsque je réussis à capter l’attention des étudiants, et c’est aussi ce désir d’avoir un impact que je comble en collaborant à l’occasion avec les médias.Quote droite

04Si vous aviez une baguette magique ?

Quote gaucheJ’abolirais les subventions à la consommation en augmentant notamment le coût de l’électricité ou en supprimant certains soutiens agricoles. On vit dans une société d’obésité énergétique et les bas prix l’encouragent. Par exemple, la surculture du maïs que l’on transforme en tonnes de sirop : cette exploitation crée d’énormes dommages environnementaux et tout ce sucre offert à bon marché génère de l’embonpoint qui, au final, coûte cher à la société. Il faut protéger l’accès à l’alimentation pour tous sans encourager une surconsommation, tant énergétique qu’alimentaire.Quote droite

0505Votre secret le mieux gardé ?

Quote gaucheAussi incroyable que cela puisse paraître, je suis né à Montréal. Mes parents sont français et j’ai même le passeport français. J’ai grandi dans le ghetto français de Montréal, où j’ai acquis cet accent. J’ai fait toutes mes études, du primaire au cégep, au collège Marie-de-France, où les professeurs sont majoritairement français. Dans cet établissement, pour s’assurer de bien transmettre l’empreinte purement française, il y a une rotation constante du tiers de professeurs… J’ai donc une double culture !Quote droite[Rires]

06Qu’est-ce qui vous rend mal à l’aise ?

Quote gaucheL’iniquité sociale est pour moi inacceptable. Nos sociétés ne travaillent pas assez à aplanir les grands écarts entre les riches et les pauvres.
J’éprouve une certaine gêne d’appartenir à la classe des privilégiés. Alors, à ma manière, j’essaie d’apporter ma contribution. Je vis simplement : j’habite une maison intergénérationnelle, je n’ai pas d’auto, pas de téléviseur, pas de cellulaire. Nous essayons d’être végétariens, mais avec les enfants, le tofu a moins de succès que la saucisse… Autant que faire se peut, j’essaie d’être cohérent.Quote droite

07La fois où vous avez eu l’air le plus fou ?

Quote gaucheComme je ne me prends pas trop au sérieux, rien ne me vient à l’esprit, sauf peut-être la fois où… j’étais en Chine avec des collègues. Je dois d’abord spécifier que je déteste payer 50 $ pour me faire couper les cheveux. J’ai donc opté pour une petite coupe à 3 $ sur la rue. Dans ma grande naïveté, je n’ai pas pensé que le barbier ne parlerait que le chinois. Résultat : avant que je puisse réagir, sa « tondeuse » avait déjà emporté la moitié de ma barbe.Quote droite

08Une chose que vous n’oseriez jamais révéler à vos étudiants ?

Quote gaucheQuand j’ai commencé à enseigner, à 24 ans, j’avais l’air d’en avoir 15. La première fois que je suis entré dans une salle de classe, j’ai entendu un étudiant chuchoter derrière mon dos : « Est-ce que c’est lui, le prof ? » Et son ami de répondre : « Non, lui, c’est juste son assistant, il vient porter les plans de cours ». J’avais l’air tellement jeune que personne ne me prenait au sérieux. Je me suis alors laissé pousser la barbe pour me vieillir.Quote droite

09Combien de sacs d’ordures jetez-vous chaque semaine ?

Quote gaucheMoins d’un grand sac vert, et nous sommes quatre. À la maison, nous avons trois bacs : pour le recyclage, le compost et les ordures. Pour les matières compostables, je paye même sept dollars par semaine pour qu’une entreprise privée, Compost Montréal, vienne les ramasser, car la Ville de Montréal n’en fait pas la collecte, ce que je trouve inacceptable.Quote droite

10Où vous voyez-vous dans 20 ans ?

Quote gaucheEn politique. Après avoir conseillé les gens qui réalisent des plans d’action, j’aimerais éventuellement les concrétiser, participer au changement. J’aimerais me faire élire, en toute transparence, avec des mandats aussi clairs qu’augmenter les tarifs d’électricité dans le but ultime de réduire les inégalités sociales. Je trouve déplorable qu’on gère l’administration publique en fonction de mandats électoraux, sans vision à long terme. J’aimerais changer les choses et montrer qu’on peut avoir un discours politique responsable. Chose certaine, je ne changerais pas mon discours pour arriver à me faire élire !Quote droite

Photo de Pierre-Olivier Pineau : Maude Chauvin