Nathalie Pilon est de cette génération de diplômés dont la carrière a été marquée par une vague sans précédent de fusions et d’acquisitions. Très tôt, elle réalise que la réussite de ces grandes transformations passe d’abord et avant tout par la qualité de ses relations. S’y investir avec intégrité deviendra donc sa signature et assurément son meilleur atout pour se voir confier les plus hautes fonctions.

Dès sa sortie de l’université, en 1988, Nathalie Pilon est recrutée par la firme-conseil KPMG. Une certitude l’habite déjà : sa formation en comptabilité lui servira de tremplin et ne sera pas une fin en soi. Elle explore donc rapidement de nouvelles avenues : recrutement, formation, gestion du changement… « Ces huit années sous le signe d’importantes fusions-acquisitions m’ont permis d’acquérir une expertise en consolidation de grandes entreprises, raconte celle qui est devenue depuis présidente d’ABB Canada. J’y ai aussi développé une vue plus macro des affaires et la capacité de ne pas m’ingérer dans les confits, ce qui m’a grandement servi tout au cours de ma carrière. »

Nathalie Pilon

En 1996, son tout premier client, Thomas & Betts, lui propose de faire le grand saut : passer de la consultation à la gestion. Elle devient alors vice-présidente aux finances de cette entreprise alors qu’elle n’a pas encore 30 ans. Coté à la Bourse de New York, ce fabricant de produits électriques est en pleine transformation et planifie de procéder à plusieurs acquisitions. La jeune femme relève le défi avec un tel brio qu’elle accède à la présidence de l’entreprise à 42 ans.

Cependant, le marché n’a pas fini de se consolider. En 2012, Thomas & Betts passe aux mains d’ABB, un chef de file mondial spécialisé en technologies de l’énergie et de l’automatisation. Nathalie Pilon est nommée vice-présidente de la division Produits à basse tension d’ABB Canada. À peine trois ans plus tard, à 49 ans, elle s’en voit confier la destinée. Dans la foulée, la multinationale suisse annonce un investissement de 90 millions de dollars pour construire à Montréal son nouveau siège social canadien. Depuis mai 2017, ce campus, à la fine pointe des technologies, abrite l’ensemble des activités de recherche et développement, de fabrication et d’assemblage des produits liés à l’énergie de l’entreprise au pays.

FAIRE SA MARQUE

Quels ont été les plus grands défis que la dirigeante a dû relever ? « Pour demeurer un leader dans son marché, une entreprise doit toujours conserver une longueur d’avance. Or, pour un dirigeant, inciter des équipes à se dépasser alors qu’il n’y a pas vraiment d’urgence et que bon nombre de ses collaborateurs sont en fin de carrière peut représenter un certain défi, reconnaît Nathalie Pilon. Tout en respectant le travail déjà accompli, il faut avoir le courage de se remettre en question, car il est facile de se croire les meilleurs, surtout lorsque les revenus sont au rendez-vous. » Pour l’appuyer dans cet exercice délicat, la dirigeante bénéficie du savoir-faire – et de la neutralité – d’un expert externe.

Flèche droite blanche

MINI BIO

NATHALIE PILON
Présidente d’ABB Canada
52 ans Mariée
Mère de trois enfants
B.A.A. 1988, CPA, CA
RÔLE Déployer l’offre d’ABB sur le territoire canadien
APPORT Engagement, passion, mobilisation
FORCES Leadership collaboratif
CARACTÈRE DISTINCTIF Affabilité, bienveillance
À CE POSTE Depuis octobre 2015

EN 2012, NATHALIE PILON
EST NOMMÉE VICE-PRÉSIDENTE
DE LA DIVISION PRODUITS
À BASSE TENSION
D’ABB CANADA. À PEINE
TROIS ANS PLUS TARD,
À 49 ANS, ELLE S’EN VOIT
CONFIER LA DESTINÉE.

Sous ses conseils, elle s’affaire à instaurer des pratiques d’amélioration continue. Mais pour insuffler le changement, il lui faut des alliés. « J’ai d’abord repéré les employés qui semblaient motivés par ce virage afin de les entraîner dans ma parade, raconte Nathalie Pilon. Ensemble, nous avons passé en revue nos activités et depuis, nous nous interrogeons constamment sur la valeur qu’il est possible d’ajouter à tous les niveaux de notre organisation : expérience client, développement de produits, livraison, infrastructures, etc. »

La présidente profite aussi de l’occasion pour lancer différentes initiatives visant à faire d’ABB Canada une entreprise plus écoresponsable. « En tant que manufacturier du secteur de l’énergie, améliorer nos produits afin de les rendre moins énergivores et de valoriser l’énergie renouvelable est devenu depuis une préoccupation de tous les instants. » Résultat : en plus de lui valoir un meilleur engagement de ses employés, adhérer au développement durable lui a permis de séduire davantage les générations montantes, plus proches de ces valeurs.

Évidemment, adopter de nouvelles orientations ne fait pas que des heureux : certains employés peuvent parfois se montrer réfractaires au changement. « En règle générale, les opposants quittent d’eux-mêmes le navire, mais nous devons parfois faire des choix difficiles. Heureusement, dans mon cas, ils n’ont pas été très nombreux et j’ai toujours insisté pour que tout se déroule dans le respect. »

Tesla

Songlin

ABB Control Room

ABB

(1) La recharge rapide à courant continu pour véhicules et la recharge intermédiaire pour autobus électriques ont été conçues pour répondre aux besoins futurs d’une mobilité plus intelligente et sans émissions. (2) Une fois programmé, YuMi, le polyvalent robot collaboratif à deux bras, peut aussi bien travailler sur une ligne d’assemblage que diriger un orchestre, et même faire un café espresso! (3) Le poste d’opérateur ergonomique avancé (Extended Operator Workplace). (4) Le Centre d’innovation client du Campus Montréal d’ABB.

Nathalie Pilon

Flèche droite blanche

EN BREF

ABB Canada
Siège social : Montréal
Chiffre d’affaires : env. 2 G$
Ampleur : chef de file mondial dans les technologies de l’énergie et de l’automatisation
Statut : entreprise publique
Marchés : services publics, infrastructures, transport et secteur manufacturier
Nombre d’employés : env. 4 000

NATHALIE PILON

quote noireBIEN QU’IL SOIT PLUS FACILE DE S’ENTOURER DE COLLÈGUES QUI PARTAGENT SENSIBLEMENT LES MÊMES POINTS DE VUE, LA DIVERGENCE DES REGARDS NOUS PERMET D’ALLER ENCORE PLUS LOIN.quote droite

LES RELATIONS AVANT TOUT

À ce chapitre, un constat s’impose : s’il est une « marque de commerce » que l’on peut associer à Nathalie Pilon, c’est l’importance accordée à ses relations et au respect. « C’est ma façon de prendre ma place dans un univers d’hommes, souligne-t-elle. Je n’ai jamais été un leader qui donne des coups de poing sur la table et qui cherche à s’imposer. Ça va tellement vite aujourd’hui qu’il est impossible de tout savoir; il vaut donc mieux s’entourer des meilleurs et miser sur la collaboration. » La gestionnaire favorise donc la diversité des équipes, afin de pouvoir aborder les problèmes sous différents angles. « Bien qu’il soit plus facile de s’entourer de collègues qui partagent sensiblement les mêmes points de vue, la divergence des regards nous permet d’aller encore plus loin », soutient-elle.

Créer des liens à divers niveaux de l’organisation peut aussi s’avérer capital lorsqu’on dirige une entreprise qui grandit au gré des acquisitions. « Quand tu passes d’une société de 10 000 employés à une multinationale de 136 000 collaborateurs répartis dans 100 pays, il devient essentiel de créer des alliances, affirme la présidente d’ABB Canada. Pour demeurer pertinent et prendre le pouls des secteurs névralgiques, il faut investir dans ses relations, s’intéresser aux autres et se montrer curieux de leurs préoccupations. Ainsi, il n’est pas indispensable d’être ingénieur pour évoluer en technologie, mais il est impératif de connaître les enjeux de son industrie. Aujourd’hui plus que jamais. »

PROJET D’AVENIR

À quoi carbure la présidente d’ABB Canada ? « Réussir en équipe me motive au plus haut point, insiste Nathalie Pilon. J’ai toujours été comme ça. Adolescente, je faisais de la compétition de canot de guerre. Nous étions 14 filles dirigées par une capitaine. J’ai joué tous les rôles, dont celui qui consiste à donner la cadence à l’avant de l’embarcation. Les efforts de chacune avaient une incidence capitale sur notre performance globale. Cette expérience m’a appris que tous les employés n’ont pas besoin d’être des superstars pour faire grandir une entreprise, mais que l’harmonie doit régner au sein de l’équipe pour garder le cap. »

Comment gérer le stress ? « Je suis très résiliente et je préfère me concentrer sur le côté positif des choses, assure-t-elle. De plus, j’ai assez confiance en mes moyens, ce qui m’aide à composer avec la pression. Je suis plutôt du genre à tenter de dédramatiser la situation et à suggérer de prendre du recul pour trouver une solution. À titre de présidente, ma principale motivation est d’amener l’entreprise et l’équipe encore plus loin. Si, un jour, je n’arrive plus à faire cette différence, je ferai autre chose. »

Où se voit-elle dans cinq ans ? « Je l’ignore. On verra ce que l’avenir me réserve. Pour l’heure, je solidifie les bases d’ABB Canada et je réfléchis à un plan de relève pour l’organisation. Il reste encore du travail à faire sur le plan de la diversité, surtout dans les postes de gestion. La bataille est loin d’être gagnée, mais, comme la fille en avant du canot, je m’engage à donner la cadence. » ∙

Photo : Martin Girard, photographe – Eric Soulier, directeur artistique – Marilou Bergeron, coiffeuse-maquilleuse – ABB