Michèle Breton occupe des postes de direction à HEC Montréal depuis plusieurs années. Sur ses épaules repose tout ce qui a trait aux études : programmes, registrariat, bibliothèque, recrutement… Elle lève ici le voile sur CERTAINES facettes de sa personnalité.

01Comment êtes-vous passée d’ingénieure
à professeure de gestion ?

Quote gauche Par hasard. J’enseignais à Polytechnique tout en complétant ma maîtrise lorsque HEC Montréal m’a proposé de remplacer, au pied levé, un professeur de statistiques. J’ai consacré mes vacances de Noël à me préparer. À mon premier cours, j’avais une extinction de voix. Habituée aux étudiants turbulents de Polytechnique, je craignais le pire. À ma grande surprise, ils tendaient l’oreille pour mieux m’entendre. Ils étaient respectueux, avides d’apprendre. Cela m’a donné envie de rester… et j’y suis depuis 40 ans ! Quote droite

02Un exemple de votre côté « givré » ?

Quote gauche Je danse le baladi. J’en ai fait sérieusement pendant des années. Assez pour monter une troupe avec des amies et donner des spectacles lors de baptêmes et de mariages. J’ai même déjà donné une prestation à l’École pour une levée de fonds. La danse du ventre, c’était pour le plaisir de faire différent, d’exprimer une autre facette de ma personnalité. Je me maquillais, je mettais du vernis rouge sur mes ongles d’orteils, je portais des costumes à paillettes que je cousais moi-même… Vraiment très loin de mon quotidien ! Quote droite

03Que croyez-vous léguer à vos étudiants ?

Quote gauche En règle générale, les étudiants perçoivent bien plus les mathématiques comme un mal nécessaire que comme une révélation. (Rires) Toutefois, lorsque j’enseigne l’optimisation dynamique, j’ai vraiment l’impression de leur ouvrir un tout autre monde en leur apprenant à réfléchir autrement. Au lieu de prendre des décisions sur-le-champ, ils doivent résoudre le problème par la fin. Ce changement de paradigme est très difficile, car nous sommes plutôt habitués à réfléchir dans le sens du temps. Quote droite

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MINIBIO

  • Née à Montréal en 1954;
  • Conjointe de Georges Zaccour, professeur titulaire à HEC Montréal;
  • Mère de 4 garçons et 1 fille (de 42 à 19 ans) et grand-mère de trois petits-enfants;
  • Aînée d’une famille de 6 enfants (3 frères, 2 sœurs);
  • Titulaire d’une maîtrise en génie industriel (Polytechnique Montréal) et d’un doctorat en informatique et recherche opérationnelle (Université de Montréal).
04Votre secret le mieux gardé ?

black_left_quote Je suis très manuelle. Je fais tout chez moi : je scie, je cloue, je peinture, je fais de la plomberie… En fait, j’aime créer de mes mains. J’aime tout autant cuisiner, coudre et tricoter. Avec un ami, j’ai même déjà bâti une maison, des fondations jusqu’au toit. J’ai appris à bricoler avec mon père, qui était aussi ingénieur. Quand une chose se brise, j’aime bien la démonter pour regarder comment elle est faite et régler le problème. Mon conjoint souhaiterait que j’appelle un réparateur… mais ce ne serait jamais aussi bien fait ! (Rires) black_right_quote

05Une valeur qui vous importe ?

black_left_quote Le goût du travail bien fait. Je déteste quand on tourne les coins ronds. J’aime les processus qui roulent rondement. C’est sûrement mon petit côté “ingénieure”. J’accorde donc beaucoup d’importance à l’efficacité et à l’optimisation, et ce, depuis que je suis toute petite. Quand j’essuyais la vaisselle, je testais déjà différentes méthodes pour améliorer le processus. (Rires) Ce n’est donc pas d’hier que je suis attirée par la performance et par les meilleurs rendements. Et ce n’est pas pour rien que je me suis spécialisée en optimisation ! black_right_quote

06Qu’est-ce qui vous rend mal à l’aise ?

black_left_quote Bien franchement, il n’y a pas grand-chose qui me gêne dans la vie. Je suis assez difficile à déstabiliser ou à démonter. Il faut dire que je suis assez ouverte d’esprit et que je n’ai pas trop peur du ridicule. Même qu’en règle générale, c’est plutôt moi qui surprends les gens en prenant plaisir à les décontenancer. J’aime bien provoquer et faire réagir, surtout lorsque personne ne s’y attend. Rien de bien méchant ; juste pour m’amuser un peu à leurs dépens et ne pas me prendre trop au sérieux. black_right_quote

07Êtes-vous proche de vos étudiants ?

black_left_quote Aujourd’hui, j’enseigne surtout au doctorat, et comme nous passons beaucoup de temps ensemble, je développe des liens plus étroits avec eux. Chaque fois qu’il y a une soutenance, j’organise des soirées à la maison et j’y convie tous mes étudiants de doctorat, anciens et actuels. Comme je suis une personne très tolérante, ils sentent qu’ils peuvent s’ouvrir à moi. Je ne dirais pas que je suis comme une mère pour eux, parce que ça fait trop cliché, mais disons que je connais pas mal leur vie et leurs soucis. Je suis très proche d’eux. black_right_quote

08Avez-vous un talent particulier ?

black_left_quote Je joue du piano. J’ai d’ailleurs fait des études assez avancées en musique, jusqu’au niveau collégial. Aujourd’hui, je joue beaucoup moins en raison d’un accident qui m’a fait perdre l’usage d’un doigt, mais je pianote à l’occasion. J’adore aussi danser et chanter, même si je chante très mal. Avec ma sœur qui partage cette passion, on s’en donne à cœur joie dans les partys et on fausse à l’unisson. Et comme je suis l’aînée de ma famille, l’occasion est toujours bonne pour recevoir à la maison et s’amuser. black_right_quote

09Que croyez-vous avoir amélioré en vieillissant ?

black_left_quote Je suis certainement plus tolérante, plus
compréhensive. J’ai toujours été assez nuancée, et cette dimension a pris de l’ampleur avec l’âge. Pour moi, rien ne peut être tout noir ou tout blanc. Par exemple, lorsqu’une discussion penche trop d’un côté, j’ai tendance à faire valoir d’autres points de vue, même si je ne les partage pas. Par souci d’explorer les autres facettes et non par manque de principes, car les gens qui ont beaucoup de principes ne sont généralement pas très efficaces pour résoudre les problèmes. black_right_quote

10Où vous voyez-vous dans dix ans ?

black_left_quote À la retraite, ça, c’est sûr. Je me vois sur une terre avec un petit ruisseau. Un grand terrain où je pourrais cultiver un jardin, couper des arbres, faire du sirop d’érable, creuser des étangs, cueillir des champignons, aller à la pêche, faire des marches, planter toutes sortes de choses… Comme vous voyez, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais le temps. Pour l’heure, mon emploi me tient trop occupée pour réaliser ces projets, mais d’ici quelques années, je compte bien y remédier. black_right_quote

Photo : Maude Chauvin