À la fois « sage-femme » et femme sage, Marie-Hélène Jobin aime apprendre, et ce, tant avec sa tête qu’avec son cœur. Rencontre avec une humaniste qui ne fait pas qu’étudier le changement ; elle l’intègre.

01Quel genre d’enfant étiez-vous ?

Quote gauche Sage et déterminée. C’était assez strict et religieux à la maison, mais comme j’étais d’un naturel assez responsable, on me faisait confiance. Ainsi, même si je fréquentais les bars à 15 ans, je n’avais pas besoin d’un adulte pour me faire entendre raison ; j’avais déjà les pieds sur terre. Il faut aussi dire que quand j’ai quelque chose dans la tête, il est difficile de me faire changer d’idée. Résultat ; bien que je me sois mariée à 20 ans – malgré les doutes de mes parents–, rien ne m’aurait pour autant empêchée de poursuivre mes études. Quote droite

02On ne penserait pas que…

Quote gauche J’ai commencé à avoir une vie sociale et pleinement remplie seulement à l’adolescence. Avant, c’était assez infernal. J’étais même un peu « rejet », résultat d’un déménagement qui m’a déracinée au mauvais moment. Je n’arrivais pas à « connecter » avec les autres, à être au même diapason. Mes préoccupations et mes intérêts étaient trop divergents. Il y a donc eu l’école, puis l’école et encore l’école. Comme la réussite scolaire a toujours été au rendez-vous, elle est devenue ma bouée de sauvetage. Quote droite

Marie-Hélène Jobin

Flèche droite blanche

MINIBIO

  • Née en 1964, à Loretteville
  • Aînée d’une famille de deux enfants (un frère)
  • Mariée à Jean Talbot, professeur titulaire à HEC Montréal
  • Mère de deux garçons (22 et 20 ans)
  • Titulaire d’un MBA (1989) et d’un doctorat en opérations et systèmes de décision (1996) de l’Université Laval
  • Champ d’intérêt ; amélioration des processus et gestion de la performance, secteur de la santé
03Trois qualités qui vous décrivent?

Quote gauche L’intégrité, même si ce n’est pas toujours facile d’être fidèle à soi-même. Je suis aussi assurément une fille joyeuse, de bonne humeur. Enfin, j’accorde une très grande importance à la reconnaissance. Pour moi, rien n’est jamais acquis. J’ai de la gratitude envers ce que la vie et les autres me donnent. J’ai d’ailleurs beaucoup de difficulté à composer avec les gens qui ne savent pas apprécier, qui ne voient jamais le beau côté des choses ou encore qui ont le reproche et la critique faciles. Quote droite

04Si vous n’aviez pas enseigné, qu’auriez-vous fait?

Quote gauche Journaliste, peut-être. Je me sens interpellée par la communication de la vérité et la démocratisation de la connaissance. C’est sans doute ce qui m’a attirée comme professeure. Ainsi, je serais sûrement devenue analyste politique pour faire avancer les choses ou encore journaliste scientifique pour fouiller des dossiers et les baser sur de la recherche. Chose certaine, ce métier m’aurait permis d’apprendre, car cet aspect est fondamental pour moi. Apprendre, c’est mon moteur. Je suis très curieuse, je m’intéresse à tout, de la biologie à la géologie, en passant par la botanique. Quote droite

05Comment qualifier votre rôle de professeur ?

Quote gauche Ce n’est pas facile d’accoucher d’une thèse ou d’un mémoire; je suis donc la « sage-femme » de service (Rires.). Nous avons une immense responsabilité envers nos étudiants, surtout au doctorat, ce qui nous amène à jouer plusieurs rôles. Celui de modèle à suivre, puis d’éducateur ; ce qui se fait, ne se fait pas, les protocoles, les convenances et parfois même, la discipline. Cette proximité, qui s’échelonne sur plusieurs années, nous amène aussi à devenir leurs confidents, car ils doivent aussi composer avec les aléas de la vie ; deuils, ruptures, coups de foudre, maladie… Quote droite

6Une passion particulière?

Quote gauche Bien que j’aime plusieurs choses, rien ne me « consume » totalement. J’aime cuisiner, voyager et beaucoup marcher. Il y a d’ailleurs toujours une dimension « randonnée » à mes voyages, mais rien d’extrême. Notre trek le plus exigeant ; nous avons parcouru une partie de l’Himalaya dans la région du Ladakh, en Inde. Je dois toutefois reconnaître que j’aime les voyages aux programmes assez chargés. Je veux tout voir, tout faire. Mon chum me trouve parfois un peu essoufflante et me vante souvent les mérites de rester un peu plus en place (Rires.). Quote droite

7Si vous aviez une baguette magique…

Quote gauche Je supprimerais l’intolérance, qui est la cause de plusieurs maux. L’intolérance face à la différence, face à l’autre. Les mouvements de droite qui émergent un peu partout sur la planète m’irritent énormément et m’inquiètent. Le plus troublant, c’est que nous portons tous ce potentiel de jugement en nous. D’ailleurs, si Trump n’avait personne pour partager ses idéaux et ses valeurs, il ne serait pas au pouvoir. Ces politiciens ne font que fertiliser un terreau déjà existant en alimentant des préjugés qui prennent souvent racine dans un manque de connaissances et d’exposition à la diversité. Quote droite

8Une chose dont vous êtes fière?

Quote gauche Avoir choisi un nouveau mode de vie pour être plus cohérente avec mes valeurs les plus profondes. L’an dernier, j’ai quitté la grande maison sur la Rive-Sud, la piscine creusée et l’empreinte écologique qui va avec, pour un appartement à Montréal. Aujourd’hui, je marche plus que jamais, pour me rendre au travail et faire les courses. J’achète plus local. J’ai vendu ma voiture. Mon nouveau quartier est très diversifié et je m’en réjouis. Ça me donne l’impression d’être dans la vraie vie, de faire davantage partie de ma communauté. Quote droite

9Un constat qui vous désole?

Quote gauche Il est déplorable qu’au Québec, l’éducation passe bien après la santé, alors qu’il s’agit d’un des plus importants déterminants d’une société. Nous avons le pire bulletin au pays pour l’enseignement postsecondaire. Pour avancer comme société, nous devons à la fois offrir des conditions gagnantes pour tous en éducation et soutenir l’élite – ici, je parle de l’élite fondée sur le talent, et non sur l’argent. Nous devons miser sur les meilleurs talents et les encourager à viser l’excellence. Nous devons voir les études universitaires comme un investissement plutôt qu’une dépense. Soutenir l’éducation à tous les niveaux m’apparaît donc indispensable. Quote droite

10Un changement que vous souhaitez?

Quote gauche Je suis pour une société où le citoyen peut faire des choix libres et éclairés. On pourrait donc aller à tel hôpital parce qu’il est mieux coté plutôt qu’à celui auquel on nous confine. Si un hôpital est plus performant qu’un autre, il serait normal qu’il ait un plus gros budget. Cela obligerait les établissements les moins compétitifs à mieux performer ou à réduire leurs activités, mais surtout, à offrir un meilleur service aux citoyens. Ainsi, le système se nettoierait et s’autorégulerait par lui-même, parce que ce serait les citoyens qui choisiraient. Quote droite

Photo : Bénédicte Broccard

École des dirigeants

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