Des diplômés sénégalais créent un nouveau réseau et constatent la riche histoire qui unit leur alma mater à leur pays d’origine.

Après 19 années passées à étudier et à travailler au Québec, Ousmane Diouf a décidé de retourner au Sénégal. « J’avais le mal du pays, raconte ce diplômé du MBA de HEC Montréal qui est consultant pour un cabinet-conseil en stratégie à Dakar. Tout me manquait : ma famille, le soleil, la mer, les odeurs, parler ma langue, le wolof… » Il sentait aussi que son travail aurait davantage de répercussions chez lui qu’à Montréal. « Je voulais redonner à mon pays », confie-t-il.
Même s’il ne subit plus nos hivers rigoureux, Ousmane Diouf ne tourne pas le dos au Québec pour autant. Nommé ambassadeur du Réseau HEC Montréal au Sénégal, il a entrepris, à l’automne 2014, des démarches pour créer un cercle d’anciens étudiants. L’École compte 327 diplômés qui travaillent ou habitent en Afrique, dont 71 juste au Sénégal.Ousmane Diouf
La première rencontre s’est déroulée en janvier 2015. Parmi les invités, des jeunes professionnels, mais aussi des figures marquantes du monde des affaires et de la classe politique, notamment Tijane Sylla, ancien ministre du Tourisme et des Transports aériens et directeur fondateur du Centre d’études supérieures africaines de gestion (CESAG), et Djibril Ngom,
qui a occupé plusieurs ministères au pays et la direction générale du Port autonome de Dakar.
« On constate que plusieurs diplômés de HEC Montréal ont contribué à restructurer et moderniser l’administration sénégalaise dans les années 1970 et 1980 », fait remarquer Daouda Thiaw, un consultant stratégique qui a décroché son B.A.A. à HEC Montréal au début des années 1990.
« La relation entre le Sénégal et l’École remonte à loin, précise Ousmane Diouf. À une certaine époque, on y envoyait couramment les membres de l’élite administrative sénégalaise pour y compléter un MBA. »
Daouda Thiaw espère que ce regroupement de diplômés, baptisé « Réseau HEC Montréal en Afrique », sera l’occasion, pour les professionnels fraîchement émoulus de l’École, de se rapprocher de ces anciens à la réputation bien établie et d’apprendre de leurs riches expériences.
Djibril Ngom ne demande que ça : « Les étudiants qui reviennent aujourd’hui au pays doivent savoir que le monde a changé et qu’il est primordial de se donner la main. C’est pourquoi notre réseau est si important », déclare celui qui agit aujourd’hui à titre de consultant international et qui est aussi délégué du Réseau HEC Montréal au Sénégal.

Trois chiffres à retenir

UNE FORCE DE PROPOSITION

Le Réseau HEC en Afrique se veut donc une occasion de réseautage et d’entraide, mais aussi « une force de proposition et de persuasion, souligne Ousmane Diouf. On aimerait être le point d’entrée pour des entreprises canadiennes ou québécoises qui aspirent à s’installer ici.
Il y a tellement à faire dans notre pays ! » En effet, bien que le Sénégal soit l’une des nations africaines les plus stables et les plus prospères, les défis y restent tout de même nombreux. « Le pays a besoin d’entreprises pour investir dans les secteurs prioritaires que sont l’agriculture, les mines, les TIC et les logements sociaux, notamment pour doper sa croissance vers les taux à deux chiffres, seuls garants d’un développement inclusif et d’une forte résilience sociale », estime Djibril Ngom.Djibril Ngom
« Le développement du Sénégal, voire de l’Afrique, passe nécessairement par un secteur privé plus important », croit Daouda Thiaw qui, dans ses fonctions, est appelé à travailler avec des gouvernements et de grandes entreprises en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.
Mais encore faut-il que des entreprises songent à s’établir sur le continent noir ! Or, l’Afrique souffre encore et toujours d’un problème d’image en Occident. « Quand on parle de l’Afrique, on pense à la guerre, à la famine, aux coups d’État, déplore Ousmane Diouf. Bien sûr, cela existe, mais l’Afrique ne se résume pas à cela. Il y a des choses qui vont bien et même très bien. Des entreprises en provenance de l’Europe et de l’Asie l’ont compris et investissent massivement au Sénégal depuis plusieurs années. »
Selon Djibril Ngom, les entreprises canadiennes et québécoises auraient tout intérêt à collaborer avec les diplômés sénégalais qui, en raison de leur « double culture », faciliteraient leur pénétration des marchés africains. « Ces investisseurs ont tout à offrir et tout à gagner en venant ici », résume Ousmane Diouf.
L’ambassadeur du Réseau HEC Montréal en Afrique prévoit aussi cimenter la relation entre son alma mater et son pays d’origine à travers le CESAG. « Après tout, des liens historiques unissent nos écoles de gestion », rappelle Osmane Diouf.

« Selon les projections de la Banque mondiale, le PIB de l’Afrique se multiplierait par quinze d’ici 2050. »

Federico Pasin, secrétaire général et directeur des activités internationales de HEC Montréal, confirme que des projets sont en cours. « L’École déploie de plus en plus d’efforts pour recruter des étudiants au Sénégal, mais aussi pour s’y installer de façon durable, explique-t-il. Nous sommes en pourparlers avec le CESAG pour offrir un programme en partenariat. Nous faisons aussi partie d’une alliance d’organisations internationales qui promeut l’entrepreneuriat au sein de la Francophonie, notamment au Sénégal, considéré comme un pays à
fort potentiel. »
Le Réseau HEC Montréal en Afrique n’en est qu’à ses balbutiements, mais Ousmane Diouf espère qu’avec le temps, ses membres sauront inspirer des diplômés originaires d’autres pays africains à se joindre à eux. « Nous gagnerons tous à en faire partie, que nous soyons du Cameroun, du Congo, du Ghana ou de la Côte d’Ivoire. »

Photos : Laure Tall et Papis Diakhaté

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