Quel sera le profil type du leader ? Quelles seront les qualités et les compétences clés pour mobiliser les troupes et connaître le succès ? À la lumière des défis auxquels les entreprises devront faire face au cours des prochaines années, Gestion a rencontré Louis Hébert, professeur titulaire au Département de management de HEC Montréal et directeur pédagogique de l’EMBA McGill-HEC Montréal, afin de connaître son point de vue.

« Les prochains leaders devront évoluer dans un environnement d’affaires empreint d’incertitudes en tout genre, notamment politiques », affirme d’entrée de jeu Louis Hébert. Les sociétés du monde entier continueront à se transformer rapidement, ce qui donnera lieu à de nouvelles tensions politiques et à des enjeux politiques inédits. Une bonne compréhension des répercussions de ces événements sera essentielle pour être en mesure de corriger la stratégie des entreprises au bon moment et de l’orienter dans la bonne direction.

« Les dirigeants devront également ajuster leurs modes de gestion, car ils seront tenus responsables de leurs actions – ou de leur inaction – en matière de responsabilité sociale de l’entreprise », soutient le professeur Hébert. D’ailleurs, les conceptions ont commencé à changer à cet égard. Déjà, les jeunes générations ne perçoivent plus les valeurs éthiques et écologiques comme étant opposées aux ambitions économiques des entreprises et de la société dans son ensemble, « bien au contraire, affirme Louis Hébert. Les jeunes conçoivent l’économie, l’éthique et l’écologie comme un ensemble qu’il faut désormais considérer dans toute sa complexité. Ils sont plus soucieux de changer les choses de façon positive, une aspiration qui s’exprimera jusque dans la mission de l’entreprise. » De surcroît, la diversité culturelle est perçue par les générations montantes non pas comme un défi à relever, mais plutôt comme une richesse dont l’entreprise peut grandement bénéficier.

5 COMPÉTENCES CLÉS DU LEADER DE DEMAIN

Bouleversée par l’effervescence des technologies numériques, l’entreprise n’est plus un portefeuille de produits comme au 19e siècle ni un portefeuille de compétences comme au 20e siècle : « Elle est dorénavant un portefeuille de données », affirme Louis Hébert. L’entreprise dispose toujours des compétences et des moyens nécessaires pour produire les services et les produits qui constituent sa raison d’être, mais son existence est maintenant conditionnée par un ensemble de données stockées dans l’espace virtuel. Le leader de demain devra non seulement comprendre mais également savoir repérer le potentiel de création de valeur inhérent à cette conception nouvelle de l’entreprise.

LES CARACTÉRISTIQUES DU FUTUR LEADERSHIP

Dans son ouvrage intitulé The Functions of the Executive, paru en 1938, le célèbre gestionnaire américain Chester Barnard affirmait que le rôle du haut dirigeant consiste avant tout à assurer une collaboration efficace au sein d’une organisation. Ce principe fondamental en gestion est toujours valable, mais la façon de mettre en œuvre cette collaboration évolue sans cesse.

Le rôle qui semble s’imposer aujourd’hui est celui d’instigateur en chef. « Le leader instigateur encourage le questionnement et la réflexion afin de sortir des sentiers battus », souligne Louis Hébert. Cependant, il doit plus que jamais compter sur la qualité de son personnel : le leader n’a pas toutes les compétences et les employés ne voudront pas suivre un dirigeant qui ne mobilise pas ses troupes. Il devra donc faire preuve de maîtrise de soi et d’humilité. En d’autres mots, il devra écouter ses équipes, examiner les perspectives dans leur diversité, se rendre compte de ses propres préconceptions, savoir prendre du recul et se remettre en question.

« Le dirigeant devra cultiver
son ouverture d’esprit et parfaire ses connaissances au jour le jour pour être à la hauteur de sa tâche. »

Le dirigeant devra également faire preuve d’une grande vigilance dans la mesure où il devra exceller à anticiper les effets sur son entreprise de tous les changements qui surviendront dans son environnement d’affaires. Il saura donc prévoir, mais surtout, il devra être en mesure de réagir promptement.

Enfin, seule l’entreprise qui se renouvellera aux moments décisifs sera capable de durer. « Le dirigeant devra cultiver son ouverture d’esprit et parfaire ses connaissances au jour le jour pour être à la hauteur de sa tâche », soutient Louis Hébert. La formation sera donc essentielle pour entretenir sa capacité à analyser l’information et à en extraire la valeur stratégique pour son entreprise.

Alors, quel sera le leader type de demain ? Chose certaine, le leader héroïque n’est plus, et l’époque des old boys’ clubs tire à sa fin. Les jeunes réorienteront le comportement des entreprises avec leur vision plus collaborative. Reste maintenant à savoir comment ils exerceront ce nouveau leadership.∙

POUR ALLER PLUS LOIN

Hébert, L. (dir.), Paroles de PDG – Comment 75 grands patrons du Québec vivent leur métier, Montréal, Éditions Rogers, 2014, 159 p.

Illustration : iStock

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