Pas facile de se faire une image juste de la Chine, en raison de ses conflits commerciaux avec les États-Unis et de ses tensions géopolitiques régionales, mais aussi de l’évolution rapide de cette société et de la mise en place progressive et accélérée d’une vigoureuse économie de marché. D’où l’importance de pouvoir s’appuyer sur des spécialistes de la question.

L’empire du Milieu est en plein bouleversement et les résultats, économiques à tout le moins, sont là. Depuis l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, le pays a multiplié son PIB par huit et maintenu une croissance annuelle moyenne avoisinant les 10 %. Qui plus est, la Chine est devenue le premier exportateur mondial en 2007 et le premier producteur manufacturier en 2011. Par ailleurs, on estime qu’en 2030, son PIB surpassera, en valeur absolue, celui des États-Unis. Bonne nouvelle pour ses quelque 1 400 millions d’habitants, mais aussi pour le Canada, dont la Chine est le deuxième partenaire commercial, après le géant américain.

UNE OCCASION À SAISIR?

Au-delà de ces impressionnantes statistiques, qu’en est-il de la réalité ? Comment les entreprises et les organisations canadiennes se positionnent-elles face à la montée en force du colosse chinois? Jeune diplômée, Gwenaël Bégasse (M. Sc. Affaires internationales 2016) prend quotidiennement la mesure de la situation, à titre de directrice de projet chez Saimen, un cabinet-conseil sino-canadien établi à Shanghai. Son travail consiste à aider les entreprises canadiennes qui œuvrent dans le divertissement à percer le marché chinois. « La Chine change beaucoup. À bien des égards, ce pays ressemble à une entreprise qui grandirait trop vite : il manque parfois de structures et d’organisation, observe-t-elle. Mais rien n’est insurmontable, une fois qu’on a bien compris la dynamique des affaires. Ici, tout est politique. Pour réussir, il faut non seulement avoir de bons appuis à ce chapitre, mais aussi établir une relation de confiance avec un partenaire local, ce qui peut être long. Par contre, une fois que c’est fait, c’est pour la vie! » À ce jeu, les entreprises québécoises et canadiennes ont peut-être un avantage : « Notre pays jouit d’une très bonne réputation auprès des Chinois. Beaucoup de parents rêvent d’envoyer leurs enfants étudier au Canada, car ils reconnaissent le potentiel créatif de notre pays. » Avis aux entrepreneurs d’ici !

GWENAËL BÉGASSE

quote noire LA CHINE CHANGE BEAUCOUP. À BIEN DES ÉGARDS, CE PAYS RESSEMBLE À UNE ENTREPRISE QUI GRANDIRAIT TROP VITE : IL MANQUE PARFOIS DE STRUCTURES ET D’ORGANISATION.quote droite
GWENAËL BÉGASSE
DIRECTRICE DE PROJET, SAIMEN

DES INVESTISSEURS À CONQUÉRIR?

Cette bonne réputation du Canada en Chine se traduit-elle par l’accroissement des liens commerciaux ? Claire Yu (MBA 2008), directrice du développement d’affaires – Asie chez Montréal International, le confirme en précisant toutefois que nous partons de loin. « Il y a une décennie, nous n’avions pas beaucoup de succès auprès des investisseurs chinois. La réputation de Montréal comme ville d’affaires et comme lieu d’investissement était à peu près inexistante », précise cette native de la Chine. En dix ans seulement, les choses ont rapidement évolué. « La disponibilité et la qualité de notre main-d’œuvre dans des secteurs névralgiques comme les TI et l’accès facile aux marchés nord-américain et européen ont favorisé une hausse des investissements chinois au Québec et à Montréal », souligne-t-elle. Pourtant, rien n’est gagné d’avance. « Même si, aux yeux des Chinois, les Canadiens sont réputés amicaux et moins agressifs en affaires que les Américains, nous avons encore à mériter nos galons en matière d’innovation et de technologies de pointe, ajoute Claire Yu. À ce propos, nous pouvons améliorer le fond et la forme de notre message auprès des investisseurs chinois, mais le potentiel d’investissement est bien réel. »

Claire Yu

quote noire LA DISPONIBILITÉ ET LA QUALITÉ DE NOTRE MAIN-D’ŒUVRE DANS DES SECTEURS NÉVRALGIQUES COMME LES TI ET L’ACCÈS FACILE AUX MARCHÉS NORD-AMÉRICAIN ET EUROPÉEN ONT FAVORISÉ UNE HAUSSE DES INVESTISSEMENTS CHINOIS AU QUÉBEC ET À MONTRÉAL.quote droite
CLAIRE YU
DIRECTRICE DU DÉVELOPPEMENT D’AFFAIRES – ASIE,
MONTRÉAL INTERNATIONAL

LE REGARD DE L’EXPERT

PictoPengfei Li, professeur au Département d’affaires internationales de HEC Montréal, abonde dans le même sens. Cet expert est toutefois plus sévère quant à la proactivité à la fois des entreprises canadiennes et d’Ottawa pour ce qui est de la présence et de l’importance des occasions d’affaires en sol chinois : « Le Canada ne se soucie pas assez de la Chine et de l’Asie en général. C’est un grand risque à prendre, compte tenu de notre dépendance au marché américain! » Tout comme Gwenaël Bégasse et Claire Yu, Pengfei Li constate les profondes mutations de la société et de l’économie chinoises. « Les choses ont rapidement évolué depuis 2008. Auparavant, plus de la moitié du PIB de la Chine provenait des exportations, alors que ces dernières ne représentent plus que 30 %. » Ce passage d’une économie de production à une économie de consommation est une occasion sans pareille pour les entreprises d’ici. À ce titre, le professeur rappelle qu’il faut multiplier les contacts avec la Chine et être plus agressif à l’égard de ce marché. « L’absence d’une réelle stratégie de la part du gouvernement fédéral, tout comme les messages ambigus des politiciens à l’égard de la Chine, ne favorisent pas le développement des liens commerciaux forts entre nos deux pays », déplore-t-il.

LE REGARD DE L’EXPERT

Picto

Pengfei Li, professeur au Département d’affaires internationales de HEC Montréal, abonde dans le même sens. Cet expert est toutefois plus sévère quant à la proactivité à la fois des entreprises canadiennes et d’Ottawa pour ce qui est de la présence et de l’importance des occasions d’affaires en sol chinois : « Le Canada ne se soucie pas assez de la Chine et de l’Asie en général. C’est un grand risque à prendre, compte tenu de notre dépendance au marché américain! » Tout comme Gwenaël Bégasse et Claire Yu, Pengfei Li constate les profondes mutations de la société et de l’économie chinoises. « Les choses ont rapidement évolué depuis 2008. Auparavant, plus de la moitié du PIB de la Chine provenait des exportations, alors que ces dernières ne représentent plus que 30 %. » Ce passage d’une économie de production à une économie de consommation est une occasion sans pareille pour les entreprises d’ici. À ce titre, le professeur rappelle qu’il faut multiplier les contacts avec la Chine et être plus agressif à l’égard de ce marché. « L’absence d’une réelle stratégie de la part du gouvernement fédéral, tout comme les messages ambigus des politiciens à l’égard de la Chine, ne favorisent pas le développement des liens commerciaux forts entre nos deux pays », déplore-t-il.

PENGFEI LI

quote noire LE CANADA NE SE SOUCIE PAS ASSEZ DE LA CHINE ET DE L’ASIE EN GÉNÉRAL. C’EST UN GRAND RISQUE À PRENDRE, COMPTE TENU DE NOTRE DÉPENDANCE AU MARCHÉ AMÉRICAIN !quote droite
PENGFEI LI
PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT D’AFFAIRES
INTERNATIONALES, HEC MONTRÉAL

Avec ou sans le Canada, la Chine avance à grands pas et se transforme, comme le constatent tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à l’empire du Milieu. Gwenaël Bégasse voit cette Chine nouvelle éclore un peu plus chaque jour : « La qualité de vie s’est appréciée, les prix et les salaires également », souligne-t-elle. Désormais ouverte aux courants commerciaux et financiers mondiaux, la Chine constate aussi les bons et les moins bons côtés de la mondialisation. D’une part, la hausse des salaires chinois fait de l’Inde et du Viêtnam des bassins de main-d’œuvre soudainement plus attrayants pour les entreprises occidentales, avec les conséquences que l’on sait sur l’emploi en Chine. D’autre part, la nouvelle génération d’entrepreneurs chinois est plus ouverte sur l’Occident et sur le monde, et adopte certaines des meilleures pratiques managériales d’ici, dans l’espoir de rendre les entreprises chinoises plus efficaces et plus efficientes.

Il n’en tient donc qu’au Canada, à sa classe politique et à ses entrepreneurs d’accompagner la Chine, qui sera sous peu la plus importante économie de la planète, sur la voie de la prospérité! ∙

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