De prime abord, elle peut paraître idéaliste, mais rapidement, son côté terre-à-terre se manifeste, révélant un véritable agent de changement. Car Johanne Turbide ne fait pas que rêver d’un monde meilleur : elle y contribue!

01D’où vient ce désir d’engagement ?

Quote gaucheDe ma famille, surtout de ma mère et ma grand-mère, qui ont toujours été à l’écoute et au service des autres. Ma grand-mère n’avait pas d’argent, mais trouvait toujours le moyen d’aider les plus pauvres qu’elle. Comme j’ai passé mes années préscolaires en compagnie de cette “fille d’Isabelle”, les valeurs d’entraide et de charité m’ont été transmises très tôt. Faire du bénévolat fait donc partie de notre ADN familial; ce n’est pas du tout pour bien paraître dans un CV. (Rires.) Je serais d’ailleurs bien incapable de passer une semaine sans donner de mon temps. Quote droite

02Que penser de la génération montante ?

Quote gaucheEn règle générale, les Y et les milléniaux sont plus sensibles aux inégalités sociales et aux enjeux environnementaux que leurs prédécesseurs. Ils sont aussi plus transversaux et préfèrent travailler en mode collaboratif. En termes de valeurs et d’engagement, je me sens donc souvent plus près d’eux que des X et des baby-boomers. J’adhère plus à la coconstruction d’idées et à la coopération qu’à la concurrence et à la reconnaissance individuelle. J’aime “faire ensemble” et je persiste à croire que seul, on va peut-être plus vite, mais qu’ensemble, on va bien plus loin. Quote droite

Flèche droite blanche

MINIBIO

  • Née en 1963 à Montréal
  • Enfant unique
  • Mariée et mère de deux garçons (26 et 23 ans)
  • Titulaire d’une maîtrise en comptabilité et ressources humaines (HEC Montréal 1989) et d’un doctorat en Industrial Business Studies (Université de Warwick, Angleterre 1997)
  • CPA, CA
  • Champs d’intérêt : gouvernance, gestion stratégique et financière des entreprises sociales.
Johanne Turbide03Quel a été votre principal cheval de bataille ?

Quote gaucheAu départ, je travaillais surtout avec les organismes culturels, mais je me suis ensuite intéressée aux entreprises à vocation sociale de tous les domaines et aux enjeux communautaires et de développement durable. J’ai toujours perçu la gestion comme une boîte à outils qui pouvait être mise au service de la communauté. J’ai donc choisi de mettre mon expertise au service d’organismes qui s’occupaient d’enjeux sociaux, environnementaux et culturels. Avec le temps, je suis devenue un peu plus « transversale ». Ça doit être les jeunes qui m’inspirent. (Rires.)Quote droite

04Comment vous décririez-vous ?

Quote gaucheComme un agent de changement. Ça fait d’ailleurs peu de temps que j’assume pleinement cette étiquette, même si j’ai consacré ma carrière à vouloir “changer le monde” » et à faire avancer des causes. Il a fallu qu’on m’invite à participer à une mission organisée par la Fondation McConnell pour que je saisisse toute l’importance de ce que nous faisions à HEC Montréal. Jusque-là, je me savais “sur mon X”, mais je n’avais pas bien mesuré à quel point le changement social s’incarne au plus profond de moi et fait partie de mes valeurs les plus intrinsèques.Quote droite

05Pourquoi les organismes culturels ?

Quote gaucheJ’ai toujours été une très grande consommatrice de culture – théâtre, danse –, ayant moi-même pratiqué ces types d’art. Et comme ces organismes manquent souvent d’outils et surtout cruellement de moyens, j’ai cherché à concilier mes deux passions : la comptabilité et les arts. Aujourd’hui, je codirige, avec Luciano Barin-Cruz, le pôle de transfert IDEOS, qui réunit une quarantaine de chercheurs de HEC Montréal. Nous travaillons avec les entrepreneurs sociaux pour coconstruire des connaissances qui favorisent l’émergence de meilleures pratiques en gestion dans ces milieux de moins en moins soutenus par l’État.Quote droite

6Une réalité qui vous attriste ?

Quote gauchePlusieurs choses me dérangent ou me bouleversent. Les grandes inégalités sociales, le gaspillage alimentaire, la surutilisation des ressources, la maltraitance, l’itinérance… Je trouve aussi particulièrement triste que certaines personnes ne s’indignent plus ou s’empêchent de poser des gestes parce qu’elles ne croient plus que les choses puissent changer. Avec les étudiants du MBA, nous avons servi un repas à la Mission Old Brewery. Cette expérience m’a permis de constater à quel point l’itinérance a de multiples visages, mais elle m’a aussi convaincue que de petits gestes peuvent faire une grande différence.Quote droite

7Quelle est votre plus grande passion ?

Quote gaucheBouger ! J’aime être dehors, faire du sport et du plein-air. La nature est très ressourçante pour moi. Autant que possible, j’essaie aussi de prendre mon vélo pour le travail, les courses. Je m’occupe ainsi de ma santé tout en étant cohérente avec mes valeurs. Il faut dire que j’accorde une très grande importance aux saines habitudes de vie. J’essaie d’avoir une vie plus équilibrée, de bien manger, de ne pas passer trop de temps devant ma tablette… Je fais donc tout pour demeurer en bonne forme mentale et physique.Quote droite

8Un projet social qui vous tient à cœur ?

Quote gaucheJ’aimerais qu’on intègre des garderies dans les résidences pour personnes âgées au Québec. Ce concept très novateur a déjà fait ses preuves ailleurs. Ces deux groupes ont tellement à s’apporter ! Ils ont des besoins très complémentaires. Les personnes âgées ont du temps, beaucoup le trouvent même trop long. Les petits pourraient ainsi mettre plein de vie autour d’elles tout en bénéficiant de leur riche expérience. C’est regrettable que les personnes âgées soient de plus en plus isolées alors qu’elles pourraient encore contribuer à notre société. Quote droite

9Une chose qui vous préoccupe ?

Quote gaucheL’ultraperformance. Aujourd’hui, il faut se dépasser en tout : au travail, dans son couple, comme parent et même dans ses loisirs. J’ai l’impression que cette façon de vivre nous mène tout droit dans un mur. Ce n’est pas normal qu’autant de jeunes prennent des antidépresseurs parce qu’ils subissent trop de stress. Qu’avons-nous tant à prouver ? Prendre des vacances est-il devenu anormal ? Ne pas répondre à ses courriels à toute heure est-il si inacceptable ? Il serait peut-être bien, pour notre santé mentale, que cette pression sociale diminue.Quote droite

10Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Quote gaucheJe ne le sais pas encore. Dix ans, ce n’est pas très loin. Tout dépend de ce qui se présentera. Chose certaine, je compte demeurer active et m’impliquer dans des projets qui feront une réelle différence. Peut-être même dans un environnement complètement autre. Par exemple, en contribuant à des initiatives dans le secteur de l’agriculture et de l’alimentation, un domaine pour lequel mes fils se passionnent et qui m’intéresse aussi. Je me vois également encore siéger à des conseils d’administration, et offrir mon expertise à des organisations dont la mission m’interpelle. Quote droite

Photo : Bénédicte Brocard