En collaboration avec les acteurs les plus stratégiques du domaine, HEC Montréal s’active depuis trois ans à mettre en place un véritable écosystème visant à faire de Montréal un pôle mondial incontournable en intelligence artificielle. Utopie ? Pour l’heure, tous les astres semblent bien alignés pour que cette ambition passe du rêve à la réalité.

« Montréal détient de réels atouts pour devenir une plaque tournante mondiale en intelligence artificielle », affirme Julien Billot, président-directeur général de SCALE.AI et directeur des programmes NextAI et CDL-Montréal à HEC Montréal. D’abord par la qualité de son tissu universitaire : 11 établissements, plus de 300 chercheurs et étudiants (maîtrise, doctorat et postdoctorat) qui œuvrent dans des domaines liés à l’intelligence artificielle et près de 11 000 étudiants inscrits à un programme universitaire spécialisé dans le domaine. Sans parler de la grande renommée de ses experts.

« Mais, pour que Montréal devienne un centre mondial en IA, il faut plus que des universités et une expertise de pointe, poursuit Julien Billot. Nous avons aussi besoin d’un environnement économique et industriel qui aide les start-ups à commercialiser leurs idées, d’investisseurs et de gouvernements qui les soutiennent, et d’organisations qui adoptent ces innovations. Voilà pourquoi les principaux acteurs du domaine s’efforcent de créer un solide écosystème dont HEC Montréal est l’un des partenaires de la première heure. »

Julien Billot

quote noire NOUS AVONS AUSSI BESOIN D’UN ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE ET INDUSTRIEL QUI AIDE LES START-UPS À COMMERCIALISER LEURS IDÉES, D’INVESTISSEURS ET DE GOUVERNEMENTS QUI LES SOUTIENNENT, ET D’ORGANISATIONS QUI ADOPTENT CES INNOVATIONS.quote droite
JULIEN BILLOT
Président-directeur général de SCALE.AI et directeur des programmes NextAI et CDL-Montréal

PREMIER JALON : IVADO

À l’École, cet écosystème commence à prendre forme en 2016. Le gouvernement fédéral vient alors de lancer le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada, un important programme de recherche fondamentale qui vise à traduire en compétences de calibre mondial les savoirs les plus prometteurs. L’Institut de valorisation des données (IVADO), un centre d’expertise fondé par HEC Montréal, l’Université de Montréal et Polytechnique Montréal, reçoit une subvention de 93,6 millions de dollars.

Robert Gagné

quote noire FORT DE SES 1000 SCIENTIFIQUES AFFILIÉS, IVADO REGROUPE LA PLUS FORTE CONCENTRATION DE CERVEAUX EN SCIENCE DES DONNÉES AU PAYS.quote droite
ROBERT GAGNÉ
Président du conseil de direction d’IVADO et directeur de la recherche à HEC Montréal

« Fort de ses 1000 scientifiques affiliés, IVADO regroupe la plus forte concentration de cerveaux en science des données au pays, soutient Robert Gagné, président du conseil de direction d’IVADO et directeur de la recherche à HEC Montréal. Notre objectif n’est pas seulement de développer une expertise de pointe dans des domaines très variés tels que l’intelligence d’affaires, le forage de données, les mathématiques appliquées, l’apprentissage profond et la cybersécurité, mais aussi de transformer les découvertes scientifiques en applications concrètes, en opportunités économiques et en avantages pour la société. Pour ce faire, nous nous appliquons sans relâche à tisser des liens entre ces diverses expertises universitaires et les besoins des entreprises. »

COMMERCIALISER L’INNOVATION

Autres composantes essentielles à l’écosystème : un accélérateur et un incubateur pour aider les start-ups en IA à prendre leur envol. Dès 2017, HEC Montréal s’allie donc à l’école de gestion Rotman de l’Université de Toronto pour créer CDL-Montréal, l’antenne IA du Creative Destruction Lab, le plus important programme au pays à soutenir le démarrage d’entreprises scientifiques à fort potentiel de croissance.

« Hébergé à l’École des dirigeants de HEC Montréal, cet accélérateur s’adresse à des start-ups qui ont déjà des produits à commercialiser, précise Julien Billot, directeur de ce programme. Ces entreprises ont déjà retenu l’attention de quelques investisseurs. Nous les aidons à se développer et à décrocher des fonds encore plus importants pour assurer leur croissance. » Ce programme est ouvert à l’échelle internationale.

Chaque cohorte du CDL-Montréal accueille une cinquantaine d’entreprises. Les participants au programme se réunissent cinq fois pour bénéficier de l’appui de mentors investisseurs et de sommités en science des données et en IA. Ils profitent également de ces rencontres pour faire valoir leurs projets. À la fin de chacune de ces séances, seules les start-ups qui obtiennent l’aval des mentors se méritent le droit de poursuivre l’aventure. Si bien qu’à la fin du parcours, il reste tout au plus une vingtaine de candidates.

« Pour compléter notre offre, nous avons ajouté l’incubateur NextAI, poursuit Julien Billot. Nous y accueillons des start-ups qui viennent tout juste de voir le jour. Ce programme vise à les accompagner dans leur démarrage et à les former afin qu’au bout d’un an, ces entreprises aient grandi, développé des produits et réussi à obtenir quelques centaines de milliers de dollars. »

« Nous sommes en train de constituer un réseau de mentors exceptionnels, très bien connectés à l’écosystème montréalais, renchérit Simon Dandavino (MBA 2018), directeur des opérations chez NextAI. Les participants peuvent ainsi profiter gratuitement de la riche expertise de professeurs de renom comme Yoshua Bengio, Joëlle Pineau, Christopher Pal, François Bellavance, Jackie Cheung, Laurent Charlin et plusieurs autres. »

En février 2019, NextAI accueillait sa première cohorte. Sur la centaine d’entreprises (270 individus) qui ont posé leur candidature, 25 ont été retenues. « Au sens strict, une entreprise qui suit ce programme pourrait par la suite intégrer la prochaine cohorte du Creative Destruction Lab. HEC Montréal couvre ainsi l’ensemble de la chaîne de la création de la start-up en IA, du démarrage à la levée de série A, ce qui signifie, dans notre jargon, que l’entreprise a réussi à réunir plusieurs millions de dollars. »

« Malgré la nouveauté de ces deux programmes, un certain engouement se fait déjà sentir, note Julien Billot. Pour le CDL, nous avons reçu deux fois plus de candidatures cette année que l’an dernier. Et pour la première année du programme NextAI, nous avons eu deux fois plus de candidats que lors de la première année à Toronto. »

Laurent Charlin et Jian Tang

HEC Montréal compte plusieurs experts en science des données, dont les professeurs adjoints Laurent Charlin et Jian Tang, qui se sont chacun récemment vu confier une chaire en IA Canada-CIFAR. Ces deux chaires sont affiliées au Mila – Institut québécois d’intelligence artificielle.

LES ATOUTS DE MONTRÉAL EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

 Capitale universitaire du Canada en intelligence artificielle;
 Plus de 300 chercheurs et étudiants dans des domaines liés à l’intelligence artificielle (avec la concentration la plus importante du monde au Mila);
 Plus de 1 G$ de financement consacré à la recherche universitaire en IA;
 Des sommités mondiales, dont Yoshua Bengio, pionnier de l’apprentissage profond;
 Plus de 1,1 G$ en investissements depuis 2016;
 Près de 11 000 étudiants inscrits à un programme universitaire spécialisé en intelligence artificielle ou en traitement des données;
 Présence des principaux acteurs : Google, Microsoft, Facebook, IBM, DeepMind, Samsung, Thalès, Havas, Element AI, etc.

BOUCLER LA BOUCLE

Dernier jalon de la « fusée » visant à propulser Montréal au rang de capitale de l’intelligence artificielle : SCALE. AI. En février 2017, le gouvernement fédéral a lancé un appel d’offres à l’échelle du pays pour constituer cinq supergrappes destinées à développer des technologies novatrices en vue d’améliorer les performances des entreprises canadiennes. La métropole a été choisie comme siège social de SCALE.AI, la supergrappe en IA qui a pour mission de développer la chaîne d’approvisionnement de prochaine génération au Canada en misant sur des technologies basées sur l’intelligence artificielle. HEC Montréal en est l’un des membres fondateurs.

quote noire LE PROGRAMME SCALE.AI DISPOSE D’UN BUDGET DE 230 MILLIONS DE DOLLARS POUR FAVORISER L’ADOPTION, PAR DES ENTREPRISES CANADIENNES, DE SOLUTIONS EN IA QUI LEUR PERMETTRONT D’AMÉLIORER LEURS OPÉRATIONS.quote droite
JULIEN BILLOT

« Ce programme dispose d’un budget de 230 millions de dollars pour favoriser l’adoption, par des entreprises canadiennes, de solutions en IA qui leur permettront d’améliorer leurs opérations, explique Julien Billot, à qui on a confié la présidence de cet organisme. En y adhérant, une entreprise et ses partenaires pourraient se voir rembourser jusqu’à 40 % des coûts de développement d’une chaîne logistique plus performante qui repose sur l’intelligence artificielle. Notre but ultime : soutenir la numérisation des chaînes d’approvisionnement afin d’accroître la productivité du pays. »

Mettre en place un écosystème en IA, c’est aussi s’assurer que l’expertise de pointe développée dans nos universités puisse créer de la valeur à Montréal et, par extension, au Québec. « Le danger d’une telle opération, c’est d’investir dans des start-ups et des talents qui se feront acquérir et recruter ailleurs dans le monde, s’inquiète Julien Billot. Tous ces investissements ne visent pas à enrichir des acteurs de la Silicon Valley qui ne payent pas d’impôt au pays. Voilà pourquoi il est essentiel de couvrir toute la chaîne d’innovation – de la recherche fondamentale à l’adoption de solutions –, afin de devenir un acteur incontournable en IA et que tous ces efforts puissent servir notre économie. » ∙

Illustration: iStock