En 1960, les Québécois francophones étaient les moins scolarisés du pays. À peine 3 % des Canadiens français de 20 à 24 ans fréquentaient alors l’université, contre 11 % des jeunes anglophones. Face au reste de l’Amérique, nous accusions un retard de scolarisation incroyable…

À la Révolution tranquille, les Québécois se sont mis debout. Le réseau de l’Université du Québec, voué à la démocratisation des études universitaires, s’est déployé à l’échelle de la province. Ainsi, à force de courage et de détermination, l’accessibilité à l’éducation est passée d’un luxe à un droit. Depuis, des générations de parents qui n’avaient pu finir leur secondaire ont encouragé leurs enfants à poursuivre leurs études et ainsi, à s’offrir un avenir meilleur.

Aujourd’hui, nous avons de quoi être fiers ! Les Québécois sont perçus parmi les plus créatifs de la planète. Ils misent sur leur expertise et sur leur culture singulière pour se distinguer à l’international, comme en témoigne ce présent numéro qui souligne « le savoir en plein essor de Montréal ». À l’échelle mondiale, notre industrie des effets spéciaux et de l’animation occupe le premier rang, celle de l’intelligence artificielle se hisse au deuxième et celle des jeux vidéo arrive en cinquième place.

Michel PatryEn seulement 60 ans, nos universités ont su former de grands leaders francophones. Bon nombre d’entre eux se retrouvent même – ou se sont retrouvés – à la tête de grandes sociétés internationales. Pour n’en nommer que quelques-uns, pensons à certains de nos diplômés : Jean-Jacques Ruest, président-directeur général du CN, qui s’est récemment vu décerner le prestigieux titre nord-américain de Cheminot de l’année; Louis Chênevert, qui a présidé non seulement Pratt & Whitney Canada mais aussi sa société-mère, la multinationale américaine United Technologies Corporation; et Annick Guérard qui, à titre de chef de l’Exploitation, assure désormais la croissance de Transat.

Quelles seront nos priorités ?

Bien que notre réseau universitaire ait permis au Québec de rattraper en grande partie son retard de diplomation, il reste toutefois encore beaucoup à faire. Certains choix de société doivent, à mon avis, faire l’objet d’une réflexion plus stratégique.

TOUTEFOIS, UNE CHOSE EST CERTAINE : NOUS NE POURRONS RELEVER LES DÉFIS QUI NOUS ATTENDENT SANS FAIRE DE L’ÉDUCATION LA PRIORITÉ DES PRIORITÉS.

En faisant de la diplomation au secondaire un objectif central, j’ai parfois l’impression que nous sommes en train de construire une nouvelle ligne Maginot et de commettre la même erreur que l’état-major français d’entre les deux grandes guerres : livrer la bataille d’un autre siècle ! Il faut certes encourager la persévérance au secondaire, mais il faut aussi stimuler la participation aux études supérieures. Et cela, non seulement pour accroître notre productivité – cruciale pour une société aux prises avec une démographie en déclin –, mais aussi pour former le talent nécessaire à cette économie du savoir dans laquelle Montréal – et par extension le Québec – a l’ambition de s’inscrire comme un acteur majeur.

Toutefois, une chose est certaine : nous ne pourrons relever les défis qui nous attendent sans faire de l’éducation LA priorité des priorités.

Nous ne pourrons permettre au Québec de prendre toute sa place dans cette nouvelle économie qui s’installe avec la robotisation, l’intelligence artificielle, l’explosion de la science des données, l’Internet des objets et la transition énergétique sans – à nouveau ! – faire preuve d’audace, sortir des sentiers battus et faciliter l’émergence de nombreuses innovations.

Nous ne pourrons tirer pleinement profit de cette économie largement dominée par les connaissances – et par un fort taux d’obsolescence de ces connaissances – sans que les organisations, les gouvernements et les universités deviennent plus agiles.

Plus spécifiquement, l’enseignement supérieur ne pourra continuer de jouer un rôle prépondérant dans nos sociétés s’il ne peut miser sur la créativité, l’innovation, l’apprentissage tout au long de la vie et la collaboration. D’ailleurs, cette collaboration devra non seulement s’exercer entre les secteurs, mais aussi entre les universités et entre les universités et les organisations.

En clair, pour surfer sur cette super vague qui s’amène à toute vitesse et apprendre à composer avec les changements rapides qu’elle impose, il nous faudra plus que jamais nous allier, miser sur nos forces respectives et créer de solides partenariats stratégiques.

Beaucoup reste à faire, mais je demeure confiant, voire très confiant. J’aimerais d’ailleurs profiter de ce dernier billet dans HEC Montréal Mag pour vous dire à quel point ces diplômés que j’ai croisés au cours des treize années passées à la direction de l’École étaient inspirants et inspirés. À voir grandir cette relève, à constater les valeurs profondes qui l’animent, je ne peux qu’entrevoir l’avenir avec optimisme, et ce, même si les enjeux à venir sont bien réels.

Au plaisir de vous croiser à nouveau ! ∙