Ils sont nés en France, en Inde, en Iran ou en République démocratique du Congo. Ils ont étudié à HEC Montréal et ont fait du Québec leur nouvelle patrie. Rencontre avec de « nouveaux Québécois » non seulement inspirés, mais particulièrement inspirants.

Jean-Claude Tshipama et Mireille Mpere

Les globe-trotteurs

Jean-Claude Tshipama (EMBA 2016) et son épouse, Mireille Mpere (entrePrism 2017-2018), ont vécu aux quatre coins du monde avant de s’établir au Québec. Nés en République démocratique du Congo, ils sont tombés en amour avec la Belle Province en 2008, lors d’un bref séjour. Dès lors, ils n’ont eu qu’un seul objectif : venir s’y installer. Ils y sont parvenus en 2012. Dans l’intervalle, pendant que leur dossier d’immigration cheminait, ils ont vécu aux Antilles, en Afrique et même en Australie, où Jean-Claude a occupé des emplois en téléphonie et en informatique.

Leur intégration à la société québécoise est exemplaire. Avec leurs trois enfants, ils ont choisi de vivre à L’Épiphanie (!), dans Lanaudière, de compléter des études universitaires et même de fonder Zympala, une entreprise spécialisée dans le design de vêtements haut de gamme pour hommes et femmes. Isabelle Brais, l’épouse du premier ministre du Québec, et Dominique Anglade, ancienne vice-première ministre du Québec, portent certaines créations conçues par Mireille. L’objectif ultime des deux entrepreneurs, c’est que Zympala devienne une marque internationale et que la fondation qui y est associée aide davantage de jeunes Africaines à se sortir de la pauvreté. « Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient », souligne Jean-Claude Tshipama. Tout en soutenant sa conjointe dans la gestion de Zympala, il fait du développement d’affaires partout sur la planète pour le compte d’Eutelsat, un opérateur satellitaire français.

Sherazad AdibL’influenceur

L’immigration, la place des femmes dans les organisations et la responsabilité sociale des entreprises sont autant de causes qu’embrasse Sherazad Adib (M. Sc. 2006) depuis qu’elle vit au Canada. À dix ans, elle fuit son Iran natal avec sa famille et s’installe en France. À 18 ans, elle émigre au Canada et complète coup sur coup un baccalauréat et une maîtrise en sociologie. En 2000, au cours de sa maîtrise en management à HEC Montréal, elle cofonde Groupe Investissement responsable (GIR), une firme-conseil qui accompagne les investisseurs dans l’analyse des enjeux environnementaux, sociaux et de régie d’entreprise. Dans la foulée, elle visite l’Asie, où elle inspecte, documente et développe une expertise sur les conditions de travail et les lieux de production. En 2006, la jeune femme quitte GIR pour s’occuper de responsabilité sociale au sein de grandes entreprises, notamment Bell, le Cirque du Soleil et RONA.

À partir de 2014, elle s’investit dans la cause des femmes. Deux ans plus tard, elle devient directrice principale pour le Québec chez Catalyst, un OBNL dédié à l’avancement des femmes dans les organisations. Aujourd’hui, à 44 ans, elle s’intéresse plus que jamais à la cause des immigrants. Elle fait d’ailleurs partie du Groupe des 30, où des professionnels de différentes communautés font la promotion de la diversité dans les conseils d’administration. « Mariée à un “natif du Québec”, je n’avais jamais mis mes origines de l’avant, dit-elle. Je le fais maintenant, car je m’aperçois qu’il faut démystifier l’immigration, parler de qui on est et valoriser nos réussites. »

Indu KrishnamurthybonLa chantre du microcrédit

À la lecture de Banker to the Poor, l’autobiographie de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, Indu Krishnamurthy (EMBA 2015) a eu une révélation : l’impact socioéconomique allait devenir sa raison d’être. « J’ai eu envie de travailler en microcrédit pour avoir un véritable impact social », explique celle qui, au propre comme au figuré, partait de loin. Née en Inde, elle déménage au Royaume-Uni à 18 ans avec son conjoint. Elle y donne naissance à deux enfants et fait des études universitaires. En 2000, elle arrive à Montréal, où son époux vient de décrocher un poste à l’Université McGill.

Ne pouvant faire reconnaître ses études, la jeune femme apprend le français et fait du bénévolat en comptabilité auprès de son organisme de francisation. Elle y est ensuite embauchée comme commis comptable. Après un bref passage à la BDC, elle découvre le microcrédit et joint, en 2008, les rangs d’ACEM Microcrédit Montréal, dont elle est aujourd’hui, à 47 ans, la directrice générale. Depuis, elle a obtenu une généreuse bourse pour compléter le programme EMBA McGill-HEC Montréal. Elle est aussi titulaire d’un DESS de l’Université Concordia. ACEM Microcrédit Montréal dispose d’un portefeuille avoisinant le million de dollars destiné en partie aux entreprises en démarrage, en agroalimentaire, voire d’économie sociale. Une autre enveloppe d’un million est assignée à la reconnaissance des diplômes des nouveaux arrivants. « Je cherche de plus en plus à faire valoir l’importance de la contribution des immigrants », résume-t-elle, en toute connaissance de cause.

Stephanie LeverdierL’accompagnatrice

Stéphanie Leverdier (B.A.A. 2008) a fait preuve de beaucoup de maturité à la fin de son adolescence. À 18 ans, elle quitte la France, sans famille ni amis, pour entreprendre des études à HEC Montréal. Tout ce que doit traverser et expérimenter un nouvel étudiant – étranger de surcroît –, elle l’a vécu. Aujourd’hui, à 32 ans, elle guide à son tour les nouveaux venus à l’École, où elle est coordonnatrice, secteur Vie étudiante, vie associative et résidence.

À la fin de son baccalauréat, Stéphanie Leverdier attire l’attention de la directrice du Service des activités étudiantes internationales et se voit offrir un contrat d’un an pour s’occuper notamment des échanges d’étudiants. Puis, on lui propose un poste permanent. Actuellement, entre autres responsabilités, elle supervise les quelque 800 étudiants qui s’investissent dans les différentes associations et autres activités de l’École. Elle coordonne également les remises de diplômes et est responsable de la résidence pour étudiants internationaux. Enfin, elle est coach de l’équipe de développement durable, qui participe aux compétitions locales et nationales interuniversitaires et autres jeux du commerce. « Rentrer en France avec mon diplôme n’était pas logique. Bâtir ma vie ici allait de soi », explique celle qui est devenue citoyenne canadienne en 2016.