Dominic Bujold n’avait pas 20 ans qu’il ouvrait déjà son premier restaurant, une sandwicherie vite devenue populaire dans le Vieux Québec, comme tout ce qu’il a touché par la suite : Sushi Shop, PIZZÉRIA NAPOLITAINE No 900, LOV et son dernier-né, Bloom Sushi. Sa nouvelle ambition : changer le monde en l’initiant à un végétarisme plein de saveurs, contribuant ainsi au mieux-être de la planète.

Dominic Bujold

Dominic Bujold installé au restaurant LOV (Local, Organic, Vegan) du Vieux-Montréal. Le fondateur de Sushi Shop voit dans sa nouvelle bannière l’occasion de contribuer au mieux-être de la planète.

« Je viens d’un milieu très modeste, lance d’entrée de jeu Dominic Bujold. J’ai donc appris très jeune à me débrouiller seul et à travailler très fort pour obtenir ce que je voulais. » Vendre du chocolat lui a permis non seulement de participer aux activités parascolaires, mais aussi de se découvrir très tôt un certain talent pour les affaires.
Ainsi, après avoir saisi quelques occasions comme écouler des fins de ligne de vêtements, il démarre la sandwicherie le Titanic dans le Vieux-Québec, au début des années 1990. Le succès est tel qu’il abandonne le cégep. « Je gagnais autant qu’un avocat et j’avais plus de plaisir qu’en restant dans un mode d’apprentissage qui ne me convenait pas. »

PASSION SUSHIS

Avec les profits réalisés par la vente de son entreprise, il met le cap sur Vancouver pour y apprendre l’anglais et découvrir ce qui allait devenir pour lui une véritable passion : les sushis. Dès son retour, il se fait élève auprès d’une Japonaise pour maîtriser cet art et démarre Sushi Chef, une entreprise qui vend des barquettes de sushis dans les épiceries. Son premier client, le Club Price (aujourd’hui Costco), lui offre un formidable tremplin. Cinq ans plus tard, ses produits se retrouvent dans plus de 300 épiceries du Québec et un acheteur lui propose 500 000 $ pour acquérir son entreprise.
Une semaine avant que la transaction ne s’effectue, son principal fournisseur, l’usine où étaient fabriqués ses sushis, déclare faillite sans préavis. « J’ai perdu la vente… et, du jour au lendemain, j’ai tout perdu », raconte Dominic Bujold. Sans le sou, il demande au poissonnier du Marché Atwater de lui céder un petit espace pour y installer un bar à sushis. De ce passage à vide naîtra le premier Sushi Shop. Cinq ans plus tard, en 2006, il possède un réseau constitué de 50 franchises en activité et de 30 en construction qu’il vendra 7,6 millions de dollars au Groupe MTY.
Pour ce jeune père d’un enfant de neuf mois, le timing était parfait. « Comme je n’ai pas eu de père, il était important pour moi de voir grandir ma fille, confie-t-il. À 36 ans, j’ai donc pris cinq années sabbatiques pour faire le point et voyager partout dans le monde, jusqu’à son entrée à l’école. »

quote noireAU COURS DES PROCHAINES ANNÉES, JE SOUHAITE IMPLANTER MES RESTAURANTS VÉGÉTALIENS À L’ÉCHELLE MONDIALE ET LE FAIRE GRÂCE À DES PARTENARIATS STRATÉGIQUES : UN HYBRIDE ENTRE LE RESTAURANT TRADITIONNEL ET LES FRANCHISES, UNE FORMULE À LAQUELLE JE CROIS BEAUCOUP.quote droite

L’AVENTURE EMBA

Sa pause terminée, Dominic Bujold s’inscrit au EMBA pour relever de nouveaux défis. « Malgré tous mes succès, je m’étais toujours senti comme un imposteur dans le milieu des affaires, reconnaît-il. J’avais toujours eu le sentiment qu’il me manquait un diplôme. Alors, quand j’ai été admis à ce programme en raison de mon expérience, ce fut un grand jour pour moi. Cette formation m’a confirmé que j’avais du flair et que je faisais instinctivement les bonnes choses, mais elle m’a aussi donné les bons outils pour mieux structurer mes futurs projets. »

Le jeune entrepreneur n’a pas sitôt amorcé sa formation qu’il a déjà un nouveau projet en tête : réinventer le concept de la pizzéria et peaufiner le modèle d’affaires d’une nouvelle chaîne, Pizzéria napolitaine No 900, qu’il lancera à la fin du programme, à l’automne 2014. Aujourd’hui, ce réseau compte 25 franchises. « Comme je l’ai fait pour Sushi Shop, je travaille fort pour que mes franchisés obtiennent une valorisation intéressante, soutient-il. Je mets l’accent sur leur rendement et je priorise les emplacements de choix. »

LOV

Dominic Bujold - LOV

LOV

La chaîne de restaurants LOV comptera bientôt six franchises, dont cinq au Canada et une à Paris.

CAP SUR LE VÉGÉ !

En parallèle, le franchiseur en série s’intéresse de plus en plus à l’alimentation basée sur les plantes. D’abord à titre personnel, car ce mode de vie le rejoint dans ses valeurs; puis, par affaires. De façon autodidacte, il lit tout ce qu’il trouve sur le sujet et s’initie au végétalisme. Dans la foulée, il lance LOV (Local, Organic, Vegan), une nouvelle chaîne de restaurants dont le concept consiste à offrir une nourriture végétalienne qui ne donne pas l’impression de renoncer aux plaisirs de la vie. À ce jour, cinq restaurants ont vu le jour, dont quatre dans la région métropolitaine, un à Toronto et un autre qui ouvrira ses portes à Paris, en mars prochain.
En septembre dernier, il retournait à ses premières amours en dévoilant sa toute nouvelle création : Bloom Sushi, un restaurant où l’on sert des sushis à base de végétaux qui ne mettent pas les océans en péril. « Au cours des prochaines années, je souhaite implanter mes restaurants végétaliens à l’échelle mondiale et le faire grâce à des partenariats stratégiques : un hybride entre le restaurant traditionnel et les franchises, une formule à laquelle je crois beaucoup », précise-t-il.
Pour avoir un meilleur contrôle sur ses produits, l’entrepreneur s’est aussi doté d’un atelier de transformation qui lui permet de préparer certains ingrédients pour ses restaurants et de s’assurer de leur fraîcheur et de leur qualité (clean label). « Investir dans la R-D est une priorité pour moi », assure-t-il.

Dominic Bujold - Bloom Sushi

Bloom Sushi

Bloom Sushi, le dernier-né de Dominic Bujold, propose une gamme de sushis entièrement végétaliens dans un décor tout aussi écoresponsable.

PAS JUSTE DANS L’ASSIETTE

Toujours dans l’esprit d’être à l’avant-garde, Dominic Bolduc complète en 2018 un certificat en ligne sur l’alimentation basée sur les plantes à l’Université Cornell et un autre en marketing du développement durable à la Harvard Business School. « En plus de mieux m’outiller, ces formations m’ont aussi aidé à cerner les véritables enjeux de mes entreprises », déclare-t-il.

Quelles pratiques ses restaurants ont-ils adoptées en matière de développement durable (DD) ? « On recycle et on composte beaucoup, ce qu’encore trop peu de restaurateurs font, déplore-t-il. Pour nous, c’est une question de valeur. Notre défi actuel : l’eau. Pour ce faire, nous installons notamment des appareils qui filtrent l’eau pour éliminer les bouteilles de plastique. Nous offrons aussi des formations à nos employés pour les conscientiser au gaspillage sous toutes ses formes. Pour que le changement soit durable, il faut passer par la sensibilisation et non pas juste interdire ou faire des reproches. Pour eux, poser des gestes concrets pour la planète devient ensuite une source de fierté.

Flèche droite blanche

MINIBIO
DOMINIC BUJOLD

50 ans EMBA 2013
RÔLE Créer des concepts avant-gardistes en restauration.
APPORT Lancer de nouveaux projets en transmettant clairement sa vision.
FORCES Savoir s’entourer des bonnes personnes et développer des relations d’affaires durables.
CE QU’IL DÉGAGE Beaucoup d’assurance, de passion et de convictions.
CLÉ DE SON SUCCÈS Passe de nombreuses heures à acquérir des connaissances sur les créneaux qu’il exploite.

« Lorsque nous entreprenons une nouvelle construction, nous tentons de faire les choix les plus écologiques possible, poursuit-il. Par exemple, en utilisant des produits recyclés ou recyclables. Réduire notre empreinte est important pour nous. Nous nous imposons d’être cohérents bien au-delà de ce qu’il y a dans nos assiettes. »

Dominic Bujold croit que le timing est bon pour faire bouger les choses sur le plan du DD. Il constate toutefois que tout le monde en parle, mais que personne ne sait vraiment par où commencer. « Pour créer le changement, il faut commencer par de petits gestes et célébrer une à une ses victoires, recommande-t-il. En tant qu’entrepreneurs, nous avons aussi la responsabilité de donner le bon exemple. Les gens sous-estiment souvent l’effet d’entraînement qu’ils peuvent créer en matière de changement. »

Flèche droite blanche

EN BREF

GROUPE EVOLUCO
■ Siège social : Montréal
■ Spécialité : développer et mettre en place des réseaux de franchises en restauration.
■ Principales bannières : Pizzéria napolitaine No 900, M4 Burritos, LOV et Bloom Sushi.
■ Secteur d’activité : restauration rapide
■ Statut : entreprise privée
■ Nombre d’employés : plus de 200
■ Site web : evoluco.com

Ce qui le rend le plus fier ? « Que mon cœur et ma tête soient “alignés” : je fais ce que j’aime dans la vie et ce n’est pas une question d’argent, mais de convictions profondes, assure-t-il. Je crois profondément à ce que je suis en train de mettre sur pied et j’ose espérer, bien humblement, que ma contribution fera un jour une différence dans le milieu de la restauration. » ∙

Photos : Martin Girard, photographe – Eric Soulier, directeur artistique – Marilou Bergeron, coiffeuse-maquilleuse