Pour eux, l’univers des jeux et des jouets, c’est du sérieux : non seulement ils y gagnent leur vie, mais ils gagnent la partie. Noémie Dupuy a cofondé Budge Studios, une entreprise en voie de devenir le numéro un mondial dans le secteur des applications mobiles pour enfants ; Philippe Roy et Alexandre Vincent, eux, jouent un rôle de premier plan au Canada dans l’importation et la distribution de jouets par le biais de Groupe Ricochet.

Noemie Dupuy

UNE DRAGONNE EST NÉE

Noémie Dupuy
B.A.A. 1995 ■ 45 ans,
cofondatrice de Budge Studios

Avec ses deux associés, Noémie Dupuy a mis huit ans à bâtir une entreprise de calibre mondial dans le secteur des applications mobiles pour enfants. Dix ans auparavant, elle avait codirigé un studio dont les clients étaient Ubisoft et d’autres leaders du jeu vidéo. Aujourd’hui, la grande patronne de Budge Studios a choisi de prendre du recul pour mieux rebondir. Rencontre avec une femme d’affaires qui vise la première place.

Enfant, Noémie Dupuy créait déjà des micro-entreprises. À 25 ans, après ses études universitaires et plusieurs voyages, elle est embauchée par Ubisoft. Étonnamment, c’est à ce moment qu’elle renoue avec l’entrepreneuriat. « On m’a donné un budget et une équipe à diriger alors que je n’avais aucune expérience, se rappelle-t-elle. Ça a été très formateur de me voir confier de telles responsabilités à un si jeune âge. »

Trois ans plus tard, elle quitte le géant du jeu pour fonder avec deux amis le studio d’enregistrement Generation Wave. L’entreprise est rentable, mais n’offre pas de défis à long terme. Après dix ans, les trois associés vendent donc le studio pour se lancer dans le développement d’applications pour enfants. En 2011, Budge Studios voit le jour dans le Mile-End.

BUDGE STUDIOS EN BREF

Fondation : 2011
Secteur d’activité : conception et édition d’applications mobiles pour enfants
Nombre d’employés : 100
Chiffre d’affaires : non dévoilé
Marché : international
Distinction : figure au palmarès Technology Fast 50 de Deloitte au Canada (2018)

Dans la cour des grands

Audacieuse, Noémie Dupuy voit grand. Pour sa première application, elle obtient la licence de la célébrissime exploratrice Dora et crée une application « haut de gamme » en huit langues. « Pendant deux mois, nous avons été numéro un au palmarès des livres interactifs sur l’App Store américain, se souvient-elle. Disney et Warner Bros. se sont mis à travailler avec nous. »

Entre 2011 et 2018, Budge Studios a créé 50 applications pour les plateformes Amazon, Google et Apple. Ses produits, à la fois ludiques et éducatifs, ont été téléchargés 500 millions de fois partout sur la planète.

La PME développe actuellement des applications pour une foule de grands noms – dont Transformers, Barbie et Thomas le train –, mais elle possède aussi ses propres titres, tels que Budge World, Miss Hollywood et EverRun. C’est notamment en misant sur ses créations originales que l’entreprise vise le premier rang mondial.

Budge Studios

En mars dernier, la dirigeante a décidé de quitter ses fonctions de coprésidente. Elle siège désormais au conseil d’administration de Budge Studios. « J’ai consulté un coach pour m’aider à y voir clair », explique-t-elle. Encore très présente sur le plan stratégique, elle n’intervient plus dans les activités quotidiennes. « Mes associés, avec qui j’ai travaillé pendant 17 ans, m’ont soutenue dans cette démarche. Ensemble, nous avons élaboré un plan d’action afin de solidifier encore plus l’équipe. »

Parmi ses autres faits d’armes, Noémie Dupuy siège à la Table sur les industries numériques du gouvernement fédéral et au Conseil consultatif sur l’économie et l’innovation créé par le gouvernement Couillard.

Au printemps dernier, elle a participé, à titre de « dragonne invitée », à l’émission Dans l’œil du dragon. « J’ai adoré l’expérience ! Ça m’a d’ailleurs rendue nostalgique de l’époque où je me suis lancée en affaires », dit-elle. Il y a donc fort à parier que cette entrepreneure n’a pas fini de nous surprendre. À quand le prochain projet ?

Philippe Roy et Alexandre Vincent

UN TANDEM REDOUTABLE

Philippe Roy et Alexandre Vincent
B.A.A. 2007 ■ 35 et 33 ans,
fondateurs de Groupe Ricochet

Ils se sont connus sur les bancs de HEC Montréal, où ils ont réfléchi aux assises de leur entreprise. Depuis 2007, Philippe Roy et Alexandre Vincent, cofondateurs de Groupe Ricochet, importent et distribuent des jouets dans des milliers de points de vente au pays. Voici l’histoire de deux jeunes ambitieux qui se complètent à merveille.

Le tandem s’est d’abord fait la main avec des machines distributrices de bonbons et de noix au fonctionnement novateur : munies d’une puce, elles permettaient de connaître en temps réel le nombre de transactions et donc, les revenus générés par chaque machine. Rassurés à l’idée de toucher ainsi leur juste part, commerces et détaillants canadiens ont alors ouvert toutes grandes leurs portes à la jeune entreprise. Ricochet était lancée !

GROUPE RICOCHET
EN BREF

Fondation : 2007
Secteur d’activité : importation et distribution de jouets
Nombre d’employés : 20
Chiffre d’affaires : 10 M$
Marché : Canada

Il y a quelques années, pressentant qu’une nouvelle génération de machines distributrices de jouets leur permettrait d’accroître leurs revenus, le duo d’entrepreneurs a misé sur l’importation de jouets et d’autres gadgets en vogue.

Aujourd’hui, la PME possède un catalogue – en expansion – d’environ 150 produits qu’elle ne vend plus dans ses machines distributrices, mais directement sur les tablettes des détaillants. Présente dans plus de 4 000 points de vente – du dépanneur aux grandes chaînes –, de Halifax à Vancouver, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires qui avoisine les 10 millions de dollars.

L’ART DE SAISIR L’OCCASION

SpinnerParmi les plus beaux « coups de circuit » de Ricochet : la vente, l’an dernier, de 800 000 « hand spinners », ces jouets antistress à billes que l’on fait tourner sur un doigt. Ces temps-ci, les deux associés font à nouveau un malheur en surfant sur le thème de la licorne, mais aussi grâce à des jouets en mousse mémoire.

Le secret de leur succès ? « Nous avons chacun nos forces. Je suis l’essence et lui, la bougie d’allumage », résume Alexandre Vincent. Pendant que Philippe, le « nerveux », s’occupe des ventes, de la comptabilité et des finances, Alexandre, « l’analytique », gère les achats, la logistique et le suivi auprès des fournisseurs.

Richochet

Au-delà de cette complémentarité, les patrons de Groupe Ricochet restent constamment à l’affût. Ils s’informent des dernières tendances et réussissent bien souvent à devancer la parade. Ils se rendent eux-mêmes en Asie et ailleurs dans le monde plusieurs fois par année pour rencontrer des fabricants de jouets.

Les deux jeunes entrepreneurs veulent maintenant passer à la vitesse supérieure et devenir LA référence dans leur domaine au Canada. Pour ce faire, ils vont investir, avec le concours de la Banque de développement du Canada, dans le virage technologique de leur entreprise, en y implantant notamment un progiciel de gestion intégré (ERP).

Bref, jouets, objets ludiques et gadgets sont devenus une vraie obsession pour ces jeunes entrepreneurs. « Même en vacances, je fréquente les magasins pour faire du repérage. Des fois, ça m’aide même à payer mon voyage », lance Philippe Roy en riant. ∙

Illustration : iStock – Photos : Budge Studio et Groupe Ricochet