Première diplômée de HEC Montréal en 1946, Alma Lepage a tracé la voie pour que les femmes puissent étudier la finance et la gestion à l’université. Tout en discrétion, cette commerçante avant-gardiste a changé le cours des choses.

À 28 ans, intéressée par le commerce de détail et déjà bien en avance sur son temps, Alma Lepage achète en 1936 – avec sa sœur aînée, Marguerite – un magasin de prêt-à-porter sur l’avenue Mont-Royal Est. Sept ans plus tard, pour mieux affronter la concurrence, elle s’inscrit à la licence en sciences commerciales à HEC Montréal. Elle obtient ensuite une maîtrise en commerce de détail à l’Université de New York et complète des stages pratiques dans quelques-uns des plus prestigieux magasins de la 5e Avenue, à Manhattan.

(1) Remise de la Bourse Alma-Lepage 1993. Dans l’ordre habituel, Michel Patry, alors directeur du programme de doctorat, Suzanne Tailleur, représentante de la Fondation Alma-Lepage, Liette Lapointe et Isabelle Fortier, boursières, Francine Harel-Giasson et Louise
St-Cyr, professeures à HEC Montréal.
(2) Alma Lepage dans les années 1970. Toujours à l’affût de ce qui se passait sur les plans économique et politique, la femme d’affaires s’était constitué un portefeuille d’actions et d’obligations dont elle suivait les cours au quotidien.

Remise de la Bourse Alma-Lepage 1993.

Alma Lepage

(1) Remise de la Bourse Alma-Lepage 1993. Dans l’ordre habituel, Michel Patry, alors directeur du programme de doctorat, Suzanne Tailleur, représentante de la Fondation Alma-Lepage, Liette Lapointe et Isabelle Fortier, boursières, Francine Harel-Giasson et Louise St-Cyr, professeures à HEC Montréal.
(2) Alma Lepage dans les années 1970. Toujours à l’affût de ce qui se passait sur les plans économique et politique, la femme d’affaires s’était constitué un portefeuille d’actions et d’obligations dont elle suivait les cours au quotidien.

Remise de la Bourse Alma-Lepage 1993.

Alma Lepage

S’INVESTIR DANS LA COMMUNAUTÉ D’AFFAIRES

Son diplôme de HEC Montréal lui permet de jouer un rôle important au sein des associations de marchands ; très engagée, elle gère aussi plusieurs dossiers à la Chambre de commerce de Montréal. De nature discrète, Alma Lepage parle peu de ses réalisations, de ses liens avec des gens d’affaires notoires, de son pouvoir d’influence et des défis auxquels elle doit faire face en tant que femme dans un milieu dominé par les hommes. Suzanne Tailleur, conjointe de l’ancien maire de Montréal Gérald Tremblay et petite-cousine de la diplômée, se souvient d’elle comme d’une femme de tête très réservée : « Elle était libre et indépendante, mais elle n’était pas du genre à en mettre plein la vue. »

LA FAMILLE D’ABORD !

En 1956, les problèmes de santé de son père et de sa sœur l’obligent à faire un choix déchirant : fermer sa boutique et mettre de côté ses aspirations professionnelles. Ses grands projets d’affaires s’achèvent ainsi abruptement. Elle consacrera les trente années suivantes à prendre soin de sa famille. « Malheureusement, elle n’a pas pu vivre jusqu’au bout la vie qu’elle souhaitait. Autrement, elle aurait certainement accompli davantage de choses », croit Suzanne Tailleur.

quote noire ELLE ÉTAIT LIBRE ET INDÉPENDANTE, MAIS ELLE N’ÉTAIT PAS DU GENRE À EN METTRE PLEIN LA VUE. quote droite

SUZANNE TAILLEUR

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PAS DU GENRE À EN METTRE PLEIN
LA VUE.
 quote droite

SUZANNE TAILLEUR

UNE FONDATION POUR SOUTENIR LES FEMMES EN GESTION

Alma Lepage a d’abord repoussé l’idée que l’on reconnaisse sa contribution au développement économique et au rôle des femmes en gestion en créant une fondation à son nom. C’est Gérald Tremblay qui l’a convaincue : « Elle ne voulait pas de visibilité, mais elle souhaitait que l’on mette en lumière les réalisations de femmes en affaires. »
Ainsi, en 1990, elle a fait un don de 210 000 $ à HEC Montréal, afin que soit créée une fondation dont les revenus allaient servir à promouvoir l’avancement des femmes en gestion. En plus d’une bourse de performance attribuée à des étudiantes à la maîtrise et au doctorat, le prix Alma-Lepage, instauré en 1990, souligne la qualité remarquable d’études de cas portant sur des femmes gestionnaires.
Alma Lepage est décédée en 1996, à l’âge de 88 ans. Véritable pionnière, elle a contribué – et contribue encore – à une meilleure représentation des femmes en affaires.∙

Photos : Archives – HEC Montréal, (1) Fonds du Service aux étudiants, A032/XPH,0011 – (2) Fonds Alma-Lepage, P085.